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  • Stéphane Bélanger

CHRONIQUE DE JEAN MAROIS "Entre le mythe et la réalité…"

Cette fois-ci, Stéphane Bélanger me demande un texte sur les metteurs en scène… Comme Stéphane est lui-même un metteur en scène, je me sens un peu entre l’arbre et l’écorce, ou encore pris dans un no-win contest… Si je ne le nomme pas dans mon top-5, il m’en voudra peut-être ! Ben non, Stéphane n’est pas comme ça (enfin je l’espère)… Trêve de plaisanterie, Stéphane s’en fout, comme il se fout de plein de choses dans la vie… Mais bon, commençons…


Parler de metteur en scène, c’est entrer dans la vie de gens qui s’offrent parfois en pâture pour vous égayer, vous faire sourire ou vous faire prendre conscience de quelques inégalités de la vie…

Je ne peux faire un top-5, ce serait injuste surtout que chaque metteur en scène a son angle de vue, sa vision et surtout son intensité à mettre dans le spectacle… Quelques noms de ceux avec qui j’ai travaillé, pas dans l’ordre, mais au hasard, parce que je les ai tous aimés : Gilles Devault, Yvon Linteau, Rollande Lambert, Daniele Finzi Pasca, Jacques Crête, Robert Lepage, Nicole Poisson-Trudel, Stéphane Bélanger, Michel Forgues, Lucie Trudeau, Reynald Robinson.


Je ne peux vous parler du côté comédien (je n’en suis pas un), mais je vais vous faire une confidence… Nicole Poisson-Trudel a pris l’immense «challenge» de me faire jouer un petit rôle dans une production des Nouveaux Compagnons en 1984 (Ma petite ville), j’y interprétais le rôle d’un professeur, et chaque fois que je montais sur scène, j’étais terrifié. C’est de là que viens mon grand respect pour ceux et celles qui ont l’audace de monter sur une scène (je n’ai pas dit couilles, ce n’est pas poli)… Nicole Trudel m’a beaucoup aidé à mes débuts à comprendre ce qu’est une troupe. C’était une metteuse en scène, mère poule, toujours à chouchouter ses ouailles.


Chacun ayant son style, il y a des metteurs en scène très contrôlants, je me souviens (je vais taire le nom, même s’il est décédé) d’un metteur en scène qui voulait tout contrôler, à chaque répétition il lisait les indications scéniques, didascalies (tiens, je viens d’apprendre le mot), toutes les notes de l’auteur et ce même après plusieurs répétitions. Rendu en salle alors que le décor qui avait coûté très cher pour l’époque : fleurs en papiers de soie (on ne pourrait le faire maintenant), maison de deux étages sur scène, vous voyiez le genre. Bref, après avoir vu le décor une première fois, il me confiait que ce n’était pas assez et qu’il songeait à présenter la pièce avec seulement les pendrillons. Ceux qui me connaissent savent que je ne l’ai pas pris, j’ai toujours défendu mes équipes et cette production était franchement hallucinante. Après discussion avec le président de la troupe, ce dernier fit changer d’avis au professeur d’esthétique théâtrale de « Mouriale ». Faut croire que l’enseigner et le faire ce n’est pas la même chose…

De l’autre côté du spectre, la période Jacques Crête (je suis en train de lire le livre qui traite de sa carrière et de sa vie et honnêtement, je dois avouer que je suis ébloui par la lecture, quelle carrière!) est plus décontracté pour le directeur technique que j’étais. Pour Jacques, c’était dans sa tête, mais après nous avoir donné certaines balises, il ne demandait que de lui offrir de la matière et qu’il ferait avec… Nos premiers échanges furent un peu houleux, mais une fois la bête domptée autant lui que moi, je dois avouer que j’ai adoré travailler avec autant de latitude et de respect l’un envers l’autre... Car nous venons de toucher le point important… Le RESPECT… Ben oui, comme dans la vraie vie (pas celle des américains, la vraie vie), le respect entre le metteur en scène et le directeur technique est essentiel. Il y a ce que l’on a pensé, ce qu’on voudrait faire, ce qu’on peut faire et ce qu’on va faire. Si vous saviez les contraintes qu’il faut régler avant de présenter le spectacle… Fiou, je peux bien avoir des cheveux blancs.


Le regretté Yvon Linteau, après avoir ingurgité quelques petites O’Keefe froides ou tièdes c’est selon et souvent même avant les O’Keefe, on partait sur un délire qui faisait du bien, et contrairement à la croyance populaire, oui, il en restait quelque chose le lendemain. Yvon un spécialiste de Woody Allen et des pièces un peu «fuckées», nous permettait pleins de choses qui auraient été difficiles dans une production plus conventionnelle. Et moi qui ai été aux premières loges de ses textes à lui, écrits par lui, laissez-moi vous dire que c’était un génie. Je m’ennuie de sa folie parfois, comme maintenant, j’aurais besoin de son côté «pas comme les autres».

Tant qu’à être avec le Théâtre de Face (dont l’importance dans ma vie est gigantesque), il y a Gilles Devault, poète, ami, l’être avec le cœur si gros que la terre entière ne prendrait pas toute la place, d’une sensibilité extraordinaire et doté d’un rire si caractéristique qu’il ne partira jamais de mes souvenirs. Par contre… Désolé Gilles, mais il arrivait quelques fois (je reste poli) à Gilles de changer des trucs ou de couper du texte ou d’en rajouter à la dernière minute. Mais qui suis-je pour m’élever ainsi contre un créateur de cette trempe… Ça faisait partie de l’homme, sans rancunes Gilles…

Daniele Finzi Pasca, avec le Cirque Éloïse à Thompson, notamment « Rain ». Un autre être doté d’une sensibilité hors du commun. La sensibilité est un trait caractéristique de certains grands. La poésie qu’il réussissait à mettre en scène était magique, il était très respectueux du groupe, tiens encore le respect. Peut-être me traiterez-vous de «fan fini» des metteurs en scène, mais je crois que ces êtres sont d’une race à part, pas supérieure, à part…

Robert Lepage, ben oui, une toute petite tournée en 1993 avec le Cycle Skakespeare, travailler pour mon idole… Sur une production déjà en cours, pas une création où j’ai participé, mais quand même, moi le ti-cul de Trois-Rivières, qui a toujours admiré son travail, j’ai adoré même si la tournée c’est une vie en soi. L’homme a été et est encore à la hauteur de mes attentes, il sait où il s’en va, mais il a également une confiance aveugle en son équipe, qui le lui rends bien en donnant vie à ses idées de génie. La plus belle preuve le spectacle-projection sur les silos du port à Québec pour le 400e!

Quelques mots sur Michel Forgues, depuis longtemps un ami, qui avec son franc-parler et son intensité me ressemblait un peu, du moins dans mes jeunes années…

J’aimerais faire encore partie d’une production, cette espèce de folie, de croire que l’on pourra changer des choses, d’échanger avec des individus qui veulent avancer tout en étant conscient de la fragilité des propos qu’ils vont faire passer à travers leur production. J’ai été chanceux de pouvoir travailler avec des êtres qui m’ont respecté et m’ont permis de devenir ce que je suis devenu en bon et en moins bon sûrement… Je dois à mes amis metteurs en scène, cette amitié qui ne s’éteindra jamais, ces souvenirs d’un plaisir devenu comme une drogue ou l’on reste accros, le plaisir d’avoir un vague sentiment d’avoir changé des choses. Oh, pas beaucoup, juste le début d’une réflexion… Oui, j’ai été chanceux dans ma vie, tiens peut-être le prochain sujet… La chance que j’ai eue…


Cette chronique est dédié à ma famille élargie, ceux qui sont partis et ceux qui grandissent autour de moi, ceux qui me font remplir le rôle maintenant de ceux dont j’adorais la présence autrefois, espérant qu’ils se souviendront de moi lorsque le temps sera venu de…


Jean Marois

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