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  • Stéphane Bélanger

Pourquoi « le Mauvais Garçon » ?


Si je devais répondre à cette question, je dirais que c’est probablement, des qualificatifs dont on m’a affublé, celui qui me va le mieux. Très tôt, on m’a fait voir subtilement que j’étais en marge dans un milieu comme celui du théâtre. Un metteur en scène à qui je venais tout juste de faire remarquer que nous n’avions pas encore travaillé ensemble m’a répondu dans toute sa naïveté et sa candeur : « Tu sais Stéphane, moi j’aime travailler avec des belles personnes. » Je comprends aujourd’hui qu’il tentait d’exprimer un certain souci d’esthétisme, mais je dois avouer que sur le coup je n’ai pas bien reçu son commentaire. Plus tard, un administrateur de troupes est venu me dire : « Avant de monter des pièces de Shakespeare comme tu le fais, il faudrait premièrement que tu sois capable de les monter comme il faut. » À chaque fois j’avais l’impression que ce genre de commentaire me poussait de plus en plus vers une marge que je ne désirais pas. Lors d’une rencontre avec des élèves où je parlais de ma mise en scène de « La nuit des rois » de Shakespeare, j’expliquais un point précis où j’avais décidé que les personnages ne feraient jamais face complètement au public, sauf un qui avait quelques didascalies à dire. Le professeur en a profité pour m’interrompre en disant à ses élèves : « Vous voyez, c’est exactement le genre de choses qu’il ne faut pas faire au théâtre. »

Un metteur en scène m’a déjà dit : « Tu ne seras grand qu’avec les petits. » Je ne sais toujours pas aujourd’hui ce que cela voulait dire exactement, mais je suis persuadé que cette « grandeur » vient de ce que tu es et non pas de ce à quoi tu aspires.

Au fil du temps, ces commentaires sont devenus beaucoup moins lourds et se sont

transformés en marque de commerce pour ne pas dire en signature artistique. Je me suis mis à assumer le fait que je faisais les choses un peu différemment parce que j’étais différent et que je réfléchissais le théâtre différemment de ce que l’on considère comme la norme. Lorsque je me suis mis à assumer qui j’étais, les commentaires se sont transformés et sont devenus des encouragements plus que positifs. Le soir d’une première au Cégep où j’avais fait jouer Hamlet par une distribution entièrement féminine, l’étudiante qui jouait le roi est

venue me voir les larmes aux yeux pour me dire : « Merci ! Je n’ai jamais été aussi fière de moi de toute ma vie! » Dans une production où j’avais utilisé comme trame sonore de la musique techno industrielle allemande un peu trash, des étudiants sont venus m’exprimer leur surprise. « On ne savait pas que ça pouvait être aussi ça, le théâtre. C’est vraiment le fun! »

Lorsque je dirigeais le Théâtre Et Cetera, une dame du quartier à qui j’avais donné un billet est venue quelques semaines après la représentation pour me lire un extrait du spectacle. J’ai compris à la suite de ses explications qu’elle ne savait pas lire et qu’après le spectacle elle avait décidé de s’inscrire à un cours d’alphabétisation.

Un étudiant du collège Laflèche qui était obligé d’assister à un de mes spectacles m’a dit durant la discussion qui a suivi : « Je suis venu ici de reculons parce que mon prof m’a obligé, mais je veux juste vous dire que si jamais je revois votre nom sur une affiche, je vais être là! ». Bien sûr toutes ces petites anecdotes positives n’ont rien fait pour me ramener dans le droit chemin, mais ils ont rendu la marge très confortable.

Bref, je suis là aujourd’hui et je tiens à remercier cet autre administrateur de troupes avec qui je discutais et qui parlait de moi à la troisième personne.

« Il aime ça Stéphane, jouer les mauvais garçons. »

Il ne pouvait pas avoir plus raison, sauf que pour moi ce n’est pas un jeu, c’est tout simplement qui je suis!


Stéphane Bélanger

Directeur

Théâtre du Mauvais Garçon

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