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19- Sans date La rencontre



J’ai rencontré quelqu’un.

Une femme.


On parlait de choses ordinaires. De théâtre. De projets en suspens. De ce qu’on fait quand on ne sait plus trop ce qu’on fait. Rien de particulier. Une conversation comme il y en a tant d’autres.

Et puis, à un moment, je ne saurais pas dire quand exactement, on a commencé à parler de moi.


De ce que je suis. 

De ce qui se voit.


J’ai senti la phrase venir. Je l’attendais. Je la connais par cœur. Celle que j’entends depuis toujours.


Ça paraît presque pas.


Mais elle ne l’a pas dite.

Elle a dit autre chose.


Elle a dit : « Je ne te ferai pas croire que ça ne paraît pas. Parce que ça paraît. Mais ça fait partie de ce que tu es. Et c’est ce qui te rend intéressant. »


J’ai eu besoin d’un moment pour comprendre ce qu’elle venait de dire. Pas parce que c’était compliqué.

Parce que c’était dit sans détour. Sans précaution inutile.

Sans cette douceur forcée que je reconnais immédiatement.


Toute ma vie, les gens ont menti. 

Par gentillesse. 

Par malaise. 

Par peur de me blesser.


Ils disaient on le voit à peine alors qu’ils voyaient très bien. 

Ils disaient c’est pas grave alors qu’ils ne savaient pas quoi faire de ce qu’ils voyaient.

Et moi, je faisais semblant de les croire. Parce que c’était plus simple. Parce que c’était ce qu’on attendait de moi. Parce que ça permettait de passer à autre chose.


Elle, non.

Elle a dit : ça paraît.


Et étrangement, cette phrase-là ne m’a pas blessé.

Elle m’a soulagé. Peut-être parce que, pour une fois, quelqu’un me parlait comme à un adulte. Sans détour. Sans ménagement. Sans fausse protection.


Puis elle a ajouté cette autre phrase. Celle qui reste.

« C’est ce qui te rend intéressant. »


Pas malgré ça. Pas mais quand même.


À cause de ça...


Je savais pas quoi faire de cette idée.

Je ne sais pas si je la crois.

Je ne sais même pas si j’ai envie de la croire.

Elle ne s’installe pas facilement.

Elle résiste.

Mais elle me travaille.


Cette femme-là m’intrigue. Pas pour ce qu’elle a dit, mais pour la manière. Elle ne faisait pas semblant.


Elle ne jouait pas un rôle...


Dans un monde où tout le monde ajuste son discours, cette sincérité-là est presque suspecte.


Je ne sais pas encore ce que je ressens. Je ne sais pas où ça va.

Je sais seulement qu’il s’est passé quelque chose.


Quelques chose de vrai...


Pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un m’a vu. Vraiment.

Sans mensonge. Sans détour.


Et ça me dérange. 

Presque autant que ça me soulage...




 
 
 

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