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17- Sans date Le doute





Aujourd’hui, dans le métro, un homme m’a regardé.


Longtemps. Ou peut-être pas.


Sur le moment, j’en étais certain. Il me fixait. Il avait cette expression. Je la reconnais immédiatement. Elle ne dure jamais longtemps, mais elle laisse une trace. Une façon de regarder qui n’est ni curieuse ni franchement hostile. Juste arrêtée.


Mais maintenant, en y repensant, je ne suis plus sûr.

Peut-être qu’il ne me regardait pas du tout. Peut-être qu’il regardait derrière moi. Ou dans le vide. Ou qu’il pensait à autre chose.


Peut-être que c’est moi qui ai cherché son regard. Qui l’ai attrapé sans le vouloir. Ou qui l’ai inventé.


Et cette idée-là m’inquiète.


Est-ce que je passe ma vie à inventer des regards qui n’existent pas ? À projeter sur les autres quelque chose qui vient de moi ? Une fatigue accumulée. Une vigilance trop grande. Une attente permanente.


Parce que si c’est le cas, alors tout ce que je ressens est faux. Toute cette tension. Toute cette lassitude. Toute cette blessure.


Tout ça ne serait que… de la paranoïa.

Mais si ce n’est pas dans ma tête — si les gens me regardent vraiment comme je le crois, si ces regards existent bel et bien — alors pourquoi est-ce que je doute autant ? Pourquoi est-ce que je me corrige sans cesse ?


Pourquoi est-ce que je me demande toujours si j’exagère ?


Je ne sais plus.


Je ne sais plus si je suis trop sensible, ou si le monde est simplement très habile pour nier ce qu’il fait subir. Pour faire comme si de rien n’était. Comme si ces micro-violences n’existaient pas.


Cette incertitude-là ne me quitte jamais.


Elle est pire que les regards eux-mêmes. Parce qu’un regard, on peut l’éviter. On peut détourner les yeux. Changer de place. Descendre à la station suivante.


Mais le doute… le doute reste.

Il s’installe. Il s’infiltre. Il accompagne tout.


Et ce soir, sans raison précise, sans événement clair, sans explication rationnelle, je sais une chose.


Je ne vais pas bien.


Je ne sais pas exactement pourquoi. Je ne sais pas depuis quand. Je ne sais pas comment l’expliquer.


Mais je le sais.



Et pour l’instant, ça suffit à m’inquiéter.




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