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16 19 décembre - Sans titre (ou Le paradoxe)
Je me suis regardé dans le miroir ce matin. Longtemps. Pas par narcissisme. Par curiosité, plutôt. Je cherchais quelque chose. Je ne savais pas quoi exactement. Je me demandais simplement : qu’est-ce qu’ils voient, au juste, quand ils me regardent ? Moi, je ne vois rien d’extraordinaire. Je vois un visage. Le mien. Celui que je connais depuis cinquante-sept ans. Celui que je croise tous les jours sans y penser. Un visage familier. Presque banal. Mais eux… Eux voient autre c
Le Théâtre du Mauvais Garçon
29 mai2 min de lecture


15- 18 décembre, La nuit
Je ne dors pas. Je repense encore à cette femme. Je n’en ai pas envie. Elle ne le mérite pas. Sur scène, je sais quoi faire d’une phrase blessante. Je la prends. Je la transforme. Je la retourne contre le texte. Je la fais servir. Elle devient moteur. Elle devient matière. Dans la vie, elle reste là. Brute. Inutile. Sa voix me revient sans cesse. La phrase, surtout. Elle n’a pas de fonction. Elle ne mène nulle part. Elle ne provoque rien de constructif. Elle occupe seulement
Le Théâtre du Mauvais Garçon
23 mai2 min de lecture


14- 18 décembre — Au musée
Le musée m’a placé à l’horaire aujourd’hui, comme guide à la vieille prison. Je n’y avais pas travaillé depuis longtemps. J’étais content d’y retourner. Vraiment. Retrouver les lieux. Les murs. Les histoires. Un cadre connu. Durant une des visites, j’ai entendu une dame dire à son mari : « Non mais… y a-tu vu la tête ? » Ça arrive. Assez régulièrement, même. Habituellement, ça ne me fait rien. Ou du moins, je le crois. Je passe par-dessus. Je continue. Je parle plus fort. Je
Le Théâtre du Mauvais Garçon
18 mai2 min de lecture


13- LA NUIT
Impossible de dormir. Le corps cherche une position. Aucune ne tient. L’épaule tire. La nuque résiste. Je replie les jambes, je les tends. Trop chaud. Puis froid. Rien ne s’installe. Je respire trop. Ou pas assez. J’y pense. Alors ça ne fonctionne plus. Chaque souffle devient volontaire. Je voudrais que ça se fasse tout seul. Je pense à la démission. Je pense à après. Je pense trop. Le lit est grand. Je le remarque seulement maintenant. Trop grand pour une seule présence. L
Le Théâtre du Mauvais Garçon
9 mai1 min de lecture


12- 15 décembre — La démission
J’ai appelé le metteur en scène aujourd’hui, sans trop savoir ce que j’allais dire exactement, seulement avec cette certitude un peu floue qu’il fallait que ça se fasse maintenant, avant que je trouve une autre raison de remettre ça à plus tard. La conversation a été courte. Très courte. Polie. Sans plus. Les mots nécessaires ont été dits, ceux qu’on utilise quand on ne veut ni provoquer ni expliquer, quand on cherche surtout à ne pas laisser de traces inutiles. Quand il n’
Le Théâtre du Mauvais Garçon
1 mai2 min de lecture


11- 12 décembre — La grippe (encore)
Je suis encore malade... Ou du moins, je ne suis pas retourné à la répétition. La grippe s’étire. Elle dure plus longtemps que prévu. Elle devient commode. Un mot qui explique à ma place. J’ai appelé. Encore. J’ai parlé de fatigue. De prudence. Je n’ai pas parlé du reste.
Le Théâtre du Mauvais Garçon
25 avr.1 min de lecture


10- 10 décembre... La grippe
Je suis malade aujourd’hui. Ou peut-être pas. J’ai appelé pour dire que je n’irais pas à la répétition. J’ai dit la grippe. Le mot est sorti facilement. Trop facilement. Personne n’a posé de question. On ne questionne pas une grippe. C’est pratique. Je tousse un peu, oui. J’ai mal à la tête. Un peu. Assez pour que ce soit crédible. Pas assez pour être certain. Je ne sais plus très bien si je mens ou si mon corps a simplement trouvé une excuse acceptable. Ce que je sais, c’est
Le Théâtre du Mauvais Garçon
20 avr.1 min de lecture


9- 8 Décembre - La répétition...
Aujourd’hui, j’ai traversé une scène sans y être. J’ai parlé fort. J’ai articulé. J’ai fait ce qu’il fallait pour que ça passe. Rien de plus. Aucun risque. Aucune recherche. Juste une mécanique bien huilée. Une façon de remplir l’espace sans y laisser quoi que ce soit. À la fin, le metteur en scène m’a regardé et m’a dit :« Garde ça jusqu’au soir de la première et ça va être génial. » Ça se voulait un compliment. Je l’ai entendu comme tel. Mais quelque chose s’est refermé. Il
Le Théâtre du Mauvais Garçon
11 avr.2 min de lecture


8- NOVEMBRE Interminable...
La première répétition... J’y suis allé un peu trop tôt. Par habitude, sans doute. Arriver avant les autres donne l’illusion d’un contrôle. La salle était froide. Pas seulement physiquement. Une froideur de début. De choses qui n’ont pas encore trouvé leur place. Quand les autres sont arrivés, l’espace s’est rempli trop vite. Des voix. Des manteaux. Des sacs déposés n’importe où. Et tout de suite, la fausse camaraderie s’est mise en place. Les salutations prolongées. Les acco
Le Théâtre du Mauvais Garçon
3 avr.3 min de lecture


7- Novembre, encore
J’ai eu de la visite aujourd’hui. Une collègue. Elle est venue me parler du projet amateur. Celui pour lequel je n’avais toujours pas rappelé. Elle n’est pas venue comme collègue, justement. Elle est venue en amie. C’est le mot qu’elle a employé. Plusieurs fois. Comme si le répéter rendait la chose plus vraie. J’ai trouvé ça étrange. Cette insistance sur notre « amitié ». Moi qui, pourtant, ne l’ai jamais vraiment considérée comme telle. Je me rends compte que le mot ami circ
Le Théâtre du Mauvais Garçon
28 mars3 min de lecture


6- NOVEMBRE...
C’est gris. Pas un gris violent. Un gris continu. Celui qui n’annonce rien et qui n’en finit pas. J’ai pris une marche aujourd’hui, sans but précis. Juste pour sortir. Juste pour bouger un peu ce qui était de s'encrasser. Au milieu du parcours, je suis tombé sur un panneau publicitaire. Une grande affiche. Bien éclairée. Trop nette pour la saison. Une publicité pour une école privée de la ville. On y vantait la vie scolaire, l’accessibilité, l’encadrement, la réussite. Tout c
Le Théâtre du Mauvais Garçon
20 mars2 min de lecture


5- Pas de date
Le téléphone a sonné aujourd'hui. Un appel pour un projet. Un projet amateur. Pas payé. Même exigence. Même disponibilité demandée. Le même mot revient toujours : Ça va être le fun... Je n’ai pas répondu tout de suite. J’ai laissé la sonnerie finir. Pas par mépris. Par lenteur. J’ai remarqué que, depuis quelque temps, j’ai besoin de temps pour comprendre ce que je ressens avant de parler. Ce qui m’arrête, ce n’est pas l’amateurisme. Ce mot-là a mauvaise réputation, mais il n’
Le Théâtre du Mauvais Garçon
14 mars2 min de lecture


4- 31 octobre — Halloween
J’ai toujours détesté l’Halloween. Me costumer m’a toujours donné l’impression de travailler gratis. Mettre un costume. Endosser un personnage. Sourire. Jouer le jeu. Sans répétition, sans enjeu, sans nécessité. Comme si, pour une soirée, tout le monde devenait acteur par obligation sociale. Ce soir-là, les rues sont pleines de personnages mal définis. Des intentions floues. Des voix forcées. Des gestes trop grands pour ce qu’ils veulent dire. On appelle ça s’amuser, mais j’a
Le Théâtre du Mauvais Garçon
6 mars2 min de lecture


3. 12 octobre — Plusieurs jours plus tard
Plusieurs jours ont passé. Assez pour que les contours se brouillent. Assez pour que certaines choses s’effacent. Je commence à oublier. Les détails surtout. Les gestes précis. L’ordre des scènes. C’est toujours comme ça. La mémoire fait son tri sans demander la permission. Et pourtant, le vide est toujours là. Pas plus spectaculaire. Juste plus installé. Comme s’il avait trouvé sa place. Aujourd’hui, à l’épicerie, une caissière m’a dit : « Faites attention à vous, monsieur.
Le Théâtre du Mauvais Garçon
26 févr.2 min de lecture


2- 4 octobre — Le lendemain du lendemain
Aujourd’hui, c’était plus calme. Pas le calme de la veille, celui qui suit une fin nette. Un calme plus diffus. Plus ordinaire. Le genre de calme qui ne pose plus de question, mais qui s’installe quand même. Je n’ai pas eu cette impression de chute au réveil. Juste une journée normale. C’est peut-être ça qui m’inquiète le plus. J’ai fait ce que je fais quand je n’ai rien de précis à faire : j’ai remis de l’ordre. Pas par efficacité. Par réflexe. Ranger donne l’illusion que qu
Le Théâtre du Mauvais Garçon
19 févr.2 min de lecture


1- LE 3 OCTOBRE- LE LENDEMAIN DE LA DERNIERE…
Le lendemain de la dernière, il n’y a rien à faire. Le corps se réveille comme s’il devait encore aller quelque part. Il garde l’heure. L’habitude. Une tension inutile. J’ai ouvert les yeux trop tôt, avec cette sensation précise qu’on oublie quelque chose d’important. Puis ça revient : il n’y a plus rien à répéter, plus rien à attendre. C’était hier. C’est fini. La veille, tout était plein. Trop plein. Les voix, les regards, les poignées de main, les phrases dites trop vite.
Le Théâtre du Mauvais Garçon
12 févr.3 min de lecture


LE JOURNAL D'UN VIEUX COMÉDIEN (introduction)
PRÉSENTATION… Le Journal d’un vieux comédien est né d’un lent processus d’accumulation plutôt que d’une idée claire au départ. Il est le résultat de ce que j’appellerais du compost . Il y a quelques années, lors d’une conférence de Robert Lepage, une phrase m’a marqué : il disait qu’il fallait garder toutes les idées, même celles qui ne trouvent pas leur forme immédiatement, parce qu’un projet qui ne voit pas le jour peut quand même nourrir les suivants. Que les idées, avec l
Le Théâtre du Mauvais Garçon
10 févr.2 min de lecture
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