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2- 4 octobre — Le lendemain du lendemain


Aujourd’hui, c’était plus calme. Pas le calme de la veille, celui qui suit une fin nette. Un calme plus diffus. Plus ordinaire. Le genre de calme qui ne pose plus de question, mais qui s’installe quand même.


Je n’ai pas eu cette impression de chute au réveil. Juste une journée normale. C’est peut-être ça qui m’inquiète le plus.


J’ai fait ce que je fais quand je n’ai rien de précis à faire : j’ai remis de l’ordre. Pas par efficacité. Par réflexe. Ranger donne l’illusion que quelque chose avance. J’ai déplacé des objets sans réelle nécessité. Certains avaient servi au spectacle. D’autres non. Je ne fais plus vraiment la différence.


Il y a une chose étrange avec les spectacles : ils occupent énormément de place avant, et presque aucune après. Tout tient dans la mémoire. Et la mémoire, elle, n’encombre rien. Elle laisse les pièces intactes. Trop intactes.


Je me suis surpris à répéter une phrase à voix basse. Pas une réplique précise. Une intonation. Un rythme. Comme si le corps refusait d’abandonner complètement une façon de parler qui lui avait été utile pendant des semaines. J’ai arrêté. Je me suis senti un peu ridicule. J’ai aussi pensé que je faisais ça depuis longtemps, sans m’en rendre compte.

On dit souvent que le théâtre, c’est du jeu. On oublie de dire à quel point ça laisse des traces. Pas seulement dans la tête. Dans la posture. Dans la voix. Dans la manière d’attendre.

Aujourd’hui, je n’attendais rien de précis. Et pourtant, quelque chose en moi restait suspendu. Comme si la journée n’était pas encore vraiment commencée. Ou comme si elle avait déjà pris fin.


Je me suis demandé à quel moment exact on cesse d’être en répétition. Pas officiellement. Intérieurement. À partir de quand on accepte que plus rien ne se prépare.


Il y a des gens pour qui la fin d’un spectacle est un soulagement. Une libération. Pour moi, ça n’a jamais été aussi clair. Il y a toujours ce moment où je me demande si ce qui vient de se terminer n’était pas la dernière chose cohérente que je savais faire.

Je n’ai pas ouvert le texte aujourd’hui. Je savais que je pouvais le faire. Je savais aussi que ça ne servirait à rien. Le texte n’a pas besoin de moi pour exister. C’est moi qui ai besoin de lui pour me situer.


En fin de journée, je me suis assis sans raison. J’ai regardé passer le temps. Rien ne s’est produit. Et c’est peut-être là que j’ai compris quelque chose : le lendemain du lendemain est plus dangereux que le premier. Il n’a pas de vertige. Il ne dramatise rien. Il banalise.

Ce soir, je ne me demande plus si le spectacle est fini. Je me demande simplement à quoi je suis en train de revenir.


Je n’ai pas encore de réponse. Mais je note que la question a changé.



AUDIO 4- Octobre Le lendemain du lendemain



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