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Le spectacle de "théâtre" le plus populaire de la planète...



Je me suis fait une drôle de réflexion l'autre soir...


J'écoutais un gala de la WWE enregistré à Londres. Quinze mille personnes. Plein à craquer.


Pis là, je me suis dit : Crime... on passe notre temps à se demander comment ramener le monde au théâtre... pendant qu'il y a quinze mille personnes qui paient pour aller voir une histoire jouée en direct.


Oui, oui... je sais.


« C'est de la lutte. »


Justement...


Moi, je trouve qu'on balaie ça un peu vite.


Robert Lepage en a déjà parlé. Il disait que la lutte, c'est probablement ce qui ressemble le plus au théâtre populaire qu'on retrouvait à l'époque de Shakespeare. Le monde mangeait. Le monde buvait. Le monde criait après les personnages. Les méchants se faisaient huer. Les héros se faisaient applaudir.

Le public faisait partie du spectacle.

Comme aujourd'hui dans un gala de lutte.


Lepage ne s'est pas contenté de dire ça dans une entrevue. Il a même fait une place à la lutte au Diamant.


Ça mérite peut-être qu'on s'arrête deux minutes.

Parce qu'on a tendance à regarder ça de haut.


« Ben voyons... c'est arrangé. »


Oui.


Comme le théâtre.


Personne ne sort d'Hamlet en disant : « Ah ben là... le fantôme, c'était un acteur. Je l'avais pas vu venir...»


On accepte le jeu.


Dans la lutte aussi.


Le monde sait très bien que c'est une fiction.

Mais ils embarquent.

Ils veulent embarquer.

Ils connaissent les personnages. Ils connaissent leurs histoires. Ils attendent les revirements. Ils débattent. Ils prennent parti.

Ils connaissent même certaines répliques


En fait... ils font exactement ce qu'on rêve de voir faire avec nos propres spectacles.


Pis il y a un autre détail qui m'a frappé.


La WWE emploie une équipe d'une dizaine de personnes juste pour développer les histoires.

Une dizaine.

Imaginez un théâtre qui annoncerait : « Cette année, on a engagé quinze auteurs pour écrire la saison. »

On trouverait ça extravagant.

Eux autres, ils appellent ça la semaine normale.


Pis nous autres, des fois, on continue de penser que raconter une bonne histoire, ça vient après le concept... après le deuxièeme niveau de réflexion...


Je caricature un peu...

Mais juste un peu.


Je ne dis pas que le théâtre devrait devenir de la lutte.

J'espère qu'on ne commencera pas à faire la prise en 4 entre deux scènes de Tchekhov.

Quoique... ça réveillerait peut-être certains spectateurs...


Ce que je dis, c'est qu'on aurait peut-être avantage à arrêter de regarder certaines formes de spectacle avec un petit sourire en coin.


Parce que pendant qu'on explique au public pourquoi il devrait aimer le théâtre...

La lutte, elle, ne lui explique rien.

Elle lui raconte une histoire.

Et le public répond présent.

Ça, à mes yeux, ce n'est pas un accident.

C'est une leçon.


Une leçon qui vient d'un endroit où bien des intellectuels refusent de mettre les pieds.


Et c'est peut-être ça qui est le plus drôle.


On cherche désespérément la recette pour faire revivre le théâtre populaire...

... alors qu'elle joue peut-être tous les lundis et tous les vendredis soir, dans un ring, devant quinze mille personnes qui n'ont jamais eu besoin qu'on leur explique pourquoi ils étaient là.

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