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Pourquoi j'embarque dans le train d'Angine de Poitrine



Je viens d'acheter les albums d'Angine de Poitrine.

J'aime la musique. En général…

Là je ne savais pas trop.

J’avais des réticences.

Ce n’est pas dans mes habitudes d’embarquer dans des “Buzz”


Mais si je suis honnête, ce n'est pas la musique qui m'a accroché en premier… C’est plutot la curiosité…


C'est le culot.

Le culot de faire exactement ce qu'ils ont envie de faire sans avoir l'air de demander la permission à personne.


Parce qu'on va se le dire...

Dans le show-business actuel, ce projet-là ne devrait pas exister.

Deux personnages anonymes.

Des têtes en papier mâché.

Deux draps qui servent de décor.

Pas de vedette.

Pas de chansons formatées.

Pas de vedettariat.

Pas de témoignage bouleversant sur leur parcours personnel.

Pas de publication quotidienne nous expliquant ce qu'ils ont mangé pour déjeuner.

Rien.


Juste une proposition artistique étrange qui avance dans sa propre direction.


Et le pire...

C'est que ça marche.

Pas parce que tout le monde aime ça.

Pas parce que c'est consensuel.

Parce que c'est assumé.


Ça me fait du bien de voir ça.

Parce que depuis quelques années, j'ai parfois l'impression qu'on parle davantage de la façon de vendre les œuvres et des règles qui les entourent que des œuvres elles-mêmes.

On parle de visibilité.

De rayonnement.

D'image de marque.

De stratégie numérique.

D'engagement.

De découvrabilité.

Un mot tellement laid qu'on dirait une maladie de peau.

On passe des heures à apprendre aux artistes comment exister sur Internet.

Mais beaucoup moins à leur permettre d'exister sur une scène.

Mais bonne chance pour trouver un endroit où présenter ton spectacle.

On va t'expliquer comment développer ton public cible.

Mais pas nécessairement comment rencontrer un vrai public.


Je caricature un peu.

Mais juste un peu.


Et c'est peut-être pour ça qu'Angine de Poitrine me fait autant sourire.

Parce qu'au milieu de toute cette mécanique de toutes ces règles, il y a encore des gens qui arrivent avec une idée complètement tordue et qui disent :


« Nous autres, c'est ça qu'on fait. »


Pas plus.

Pas moins.

Arrangez-vous avec ça…


Il y a quelque chose de profondément libérateur là-dedans.


Ça me rappelle pourquoi j'ai commencé à faire du théâtre.

Ce n'était pas pour développer une stratégie de contenu.

C'était parce qu'un jour quelqu'un a eu une idée assez folle pour monter sur une scène et la partager avec des inconnus.

Le reste est venu après.


Depuis quelques années, je regarde mon propre parcours.

Le Théâtre du Mauvais Garçon.

Les spectacles dans les musées.

Les contes.

Les projets montés avec trois bouts de ficelle, un peu de “gaffer” et une tête de cochon.

Et je réalise que ce qui m'a toujours intéressé n'était pas la perfection.


C'était la liberté.


La possibilité de créer malgré les moyens limités malgré les règles et les normes.

La possibilité de raconter une histoire même quand le budget ne suit pas.

La possibilité de continuer même lorsque personne n'a demandé qu'on continue.


Je ne suis pas en train de comparer mon travail à celui d'Angine de Poitrine.

Ce serait ridicule.

Mais je reconnais quelque chose de familier dans leur démarche.

Une forme d'indépendance.

Une espèce de refus tranquille de rentrer dans la case prévue.

Et je trouve ça précieux.


Parce qu'à force de vouloir être professionnel, on finit parfois par devenir prévisible.

À force de vouloir être pertinent, on finit parfois par ressembler à tout le monde.

À force de vouloir plaire, on finit parfois par ne plus savoir ce qu'on avait envie de faire au départ.


Angine de Poitrine me rappelle qu'une œuvre peut encore être bizarre.

Qu'elle peut encore prendre des détours imprévus.

Qu'elle peut encore refuser de s'expliquer.


Et surtout...

Qu'elle peut encore faire confiance au public.

Le public est beaucoup plus intelligent qu'on le pense.


On passe notre temps à lui simplifier les choses.

À lui expliquer ce qu'il doit comprendre.

À lui préparer le chemin.


Mais parfois, les gens ont simplement envie qu'on leur présente quelque chose de sincère, d'étrange et d'assumé.


Pas quelque chose de “pré-digéré”.

Quelque chose de vivant.


Alors oui.

J'embarque dans le train d'Angine de Poitrine.


Pas parce que je veux aller à la même destination.

Mais parce qu'ils me rappellent qu'il est encore possible de construire sa propre voie ferrée.

Et dans le paysage culturel actuel, ça vaut peut-être autant que la musique elle-même.



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