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Le Théâtre du Mauvais Garçon, six ans plus tard...



La fin juin marque le sixième anniversaire du Théâtre du Mauvais Garçon.


Six ans...


Je pourrais profiter de l'occasion pour faire un bilan. Énumérer les spectacles, les projets, les chiffres. Dire merci. Publier quelques photos.

Ce serait probablement ce qu'on attend.


Mais depuis six ans, j'ai appris à me méfier de ce qu'on attend.

Parce que la vraie question, ce n'est pas ce qui a été fait.

La vraie question, c'est : est-ce que je continue?

Je me la pose encore.

Pas parce que je n'aime plus le théâtre.

Au contraire.

Parce que le théâtre demande beaucoup. Du temps. De l'énergie. Des heures qu'on ne compte plus.


Et parfois, au bout du chemin, il y a vingt personnes dans une salle.

On finit par se demander si ça vaut encore la peine.


Et chaque fois, la réponse revient.


Oui.


Mais jamais pour les raisons que j'aurais données il y a vingt ans.


Quand j'ai fondé le Théâtre du Mauvais Garçon, je pensais encore un peu comme tout le monde. Monter des spectacles. Trouver du financement. Remplir les salles. Faire connaître la compagnie.


Aujourd'hui, je regarde ça avec beaucoup plus de distance.


Les salles pleines, c'est agréable.

Les articles de journaux aussi.

Les prix, les reconnaissances... pourquoi pas.

Mais tout ça ne dure jamais très longtemps.


Ce qui reste, ce sont les rencontres.

Le monsieur qui vient me raconter une histoire après un spectacle.

L'enfant qui pose une question à laquelle je n'avais jamais pensé.

La dame qui m'écrit trois semaines plus tard parce qu'une phrase lui est restée dans la tête.

Ça, personne ne peut le mesurer.


Au fil des années, j'ai aussi découvert quelque chose d'inattendu.

La liberté.


Une drôle de liberté...


Quand on n'a plus grand-chose à perdre, on finit par faire ce qu'on veut vraiment.

Écrire un journal fictif d'un vieux comédien.

Vendre son manuscrit cinq dollars.

Faire des capsules sur le français québécois.

Créer un faux balado qui se moque du True Crime...

Présenter du théâtre dans un musée.

Imaginer des visites virtuelles.

Passer du conte au théâtre, du théâtre à l'audio, de l'audio au web.


Je ne sais plus vraiment dans quelle case je travaille.


Et je commence à croire que c'est une bonne nouvelle.

Pendant longtemps, je pensais qu'un artiste devait choisir sa voie.


Aujourd'hui, j'ai davantage envie de suivre ma curiosité.


Il y a évidemment des doutes.

Il y a des journées où je regarde les statistiques d'un billet de blogue et je me demande si ça vaut les heures passées à l'écrire.


Il y a des spectacles où il y a moins de monde que prévu.

Des projets qui ne décollent pas.

Des idées qui tombent à plat.

Mais il y a aussi quelque chose que je n'avais pas prévu.

Je suis probablement plus près des gens aujourd'hui que lorsque je jouais dans des salles beaucoup plus conventionnelles.


Parce que le public n'est plus un chiffre.

Il a un visage.

Je reconnais des noms.

Je discute avec eux.

Je réponds à leurs commentaires.

Je lis leurs messages.


Pas beaucoup mais j'en lis.


Le théâtre redevient une conversation.

Et c'est peut-être ça que je cherchais depuis le début sans le savoir.


Alors, est-ce que le Théâtre du Mauvais Garçon continuera?

Je ne peux pas le promettre.

Chaque année, je me repose la question.

Et je pense que c'est sain.

Une compagnie ne devrait pas survivre par habitude.

Elle devrait continuer tant qu'elle a quelque chose à dire.


Et j'ai encore des choses à dire...


Pour l'instant...


J'ai encore quelques histoires qui me trottent dans la tête.

Quelques personnages qui refusent de se taire.

Quelques expériences que j'ai envie d'essayer.


Alors on va continuer.

Pas parce qu'il le faut.

Pas parce qu'un plan stratégique l'a décidé.


Simplement parce qu'il reste encore des rencontres à faire.

Et au fond, après six ans, je crois que le Théâtre du Mauvais Garçon n'a jamais vraiment créé des spectacles.


Il a surtout cherché des occasions de rencontrer quelqu'un.


Une personne à la fois....



 
 
 

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