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12- 15 décembre — La démission



J’ai appelé le metteur en scène aujourd’hui, sans trop savoir ce que j’allais dire exactement, seulement avec cette certitude un peu floue qu’il fallait que ça se fasse maintenant, avant que je trouve une autre raison de remettre ça à plus tard.


La conversation a été courte. 

Très courte.

Polie. 

Sans plus.


Les mots nécessaires ont été dits, ceux qu’on utilise quand on ne veut ni provoquer ni expliquer, quand on cherche surtout à ne pas laisser de traces inutiles.

Quand il n’y a pas d’argent, pas de contrat, pas de retombées possibles pour la carrière, et surtout aucun véritable regard artistique ou du moins aucun regard dans lequel je me reconnais encore il ne reste plus grand-chose à discuter. Il reste soi-même. Et même ça, à la longue, ça s’use.


Je me suis rendu compte que le seul moyen de reprendre un peu de contrôle, c’était de partir. 

De me retirer. 

De démissionner.


Je sais déjà comment ça peut être perçu. 

Je l’entends presque.

On va dire que je suis difficile. 

Exigeant. 

Peut-être même prétentieux. 

Hautain.

Celui qui refuse de participer. 

Celui qui se croit au-dessus.


Je me pose la question moi-même, à vrai dire. Je ne suis pas certain d’avoir raison. Je ne suis même pas certain d’avoir tort. Je constate seulement que quelque chose en moi n’arrivait plus à faire semblant.


Je ne sais pas si c’est de la lâcheté. Ou simplement la peur de ne plus être capable de résister.


De dire oui. Encore.

Par habitude. 

Par fatigue. 

Par politesse...


Je n’ai pas cherché à convaincre. Je n’ai pas raconté mon malaise. Je n’ai pas pris le temps d’expliquer ce que je ne comprenais plus. J’ai parlé peu. J’ai laissé des blancs.


J’ai raccroché.

Après, je suis resté chez moi. Assis.

Sans urgence.


Le temps a passé sans que je m’en rende compte. Et quelque chose s’est déplacé, doucement, sans éclat, presque malgré moi.


Je me suis senti soulagé. Presque heureux.


Un bonheur discret. Un peu coupable, peut-être.

Celui qui arrive quand on cesse enfin de se trahir à voix basse, sans en faire une victoire, sans même être certain que c’est la bonne décision.


Je ne sais pas ce que cette démission va changer. Je ne sais pas si elle va changer quoi que ce soit, au fond.


Je sais seulement qu’aujourd’hui, je n’ai rien eu à répéter.





 
 
 

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