7- Novembre, encore
- Le Théâtre du Mauvais Garçon
- 28 mars
- 2 min de lecture

J’ai eu de la visite aujourd’hui.
Une collègue. Elle est venue me parler du projet amateur. Celui pour lequel je n’avais toujours pas rappelé. Elle n’est pas venue comme collègue, justement. Elle est venue en amie. C’est le mot qu’elle a employé. Plusieurs fois. Comme si le répéter rendait la chose plus vraie.
J’ai trouvé ça étrange. Cette insistance sur notre « amitié ». Moi qui, pourtant, ne l’ai jamais vraiment considérée comme telle.
Je me rends compte que le mot ami circule facilement. Trop facilement, peut-être. On l’emploie comme un raccourci. Comme une politesse affective. Un mot qui rassure celui qui le prononce, plus que celui qui l’entend.
De mon côté, j’ai toujours été avare avec ce mot-là. Peut-être par prudence. Peut-être par fatigue.
Du haut de mes cinquante-sept ans, je crois n’avoir qu’un seul ami véritable. Un seul. Les autres, je les appelle des connaissances. Et ce mot dérange beaucoup autour de moi. On le trouve froid. Distant. Presque méprisant. Pourtant, je le trouve juste.
J’ai des connaissances de théâtre. Des connaissances de travail. Des connaissances de voisinage. Des gens que j’apprécie sincèrement.
Ces relations ont leur valeur. Leur chaleur parfois. Leur durée aussi. Certaines traversent les années sans vraiment se transformer. On se croise moins. On se parle peu. On se suit surtout à travers les réseaux sociaux. La vie passe. Les projets aussi. Et ça suffit.
Et puis, il y a cet ami.
Ça fait plus de dix ans qu’on ne se voit presque plus. Pas par conflit. Pas par rupture. Juste parce que les chemins se sont éloignés. Pourtant, s’il m’appelait , un appel, un seul et j’annulerais tout ce que j’ai à l’agenda.
Je ne saurais pas expliquer pourquoi. Je sais seulement que certaines de ses publications m’ont inquiété. Je l’ai senti fragile, par moments. Sans qu’il le dise clairement. Sans qu’il me demande quoi que ce soit. Et cette inquiétude-là est différente. Elle ne s’use pas avec le temps. Elle reste.
Je suis presque certain que ce n’est pas réciproque. Je n’en souffre pas. Je constate.
La collègue, elle, parlait beaucoup. Elle insistait. Elle voulait me convaincre. Elle utilisait des arguments raisonnables, affectifs, pratiques. Elle me disait que ce serait bien. Que le groupe avait besoin de moi. Que nous étions des amis.
Je l’écoutais. Je la regardais parler. Je me demandais si elle y croyait vraiment ou si c’était simplement une manière d’arriver à ses fins. Je ne lui en veux pas. Je comprends la logique. Les projets amateurs reposent souvent sur ce genre de proximité forcée.
À la fin, j’ai dit oui.
Je ne sais pas pourquoi exactement. Par amitié ? Par ennui ? Par fatigue de résister ?
Je ne suis pas certain.
Peut-être simplement parce que c’était novembre encore. Et que novembre a cette manière de rendre les refus plus lourds que les engagements.
Je me suis dit que ça me ferait sortir. Voir du monde. Occuper le temps. Peut-être même trouver quelque chose à quoi me raccrocher.
Ou peut-être rien du tout.
Je sais seulement que, quand elle est partie, l’appartement m’a semblé un peu moins silencieux. Pas plus chaleureux. Juste moins vide.
Je ne sais pas si j’ai accepté pour les bonnes raisons. Mais en novembre, les raisons sont rarement très claires.
On fait ce qu’on peut.
Avec ce qu’il reste.
POUR CONTINUER LA DÉCOUVERTE DU THÉÂTRE MAUVAIS GARÇON
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