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Bon... Là, qu’est-ce que j’écris?

il y a 2 minutes
4 min de lecture


Le projet de spectacle au parc de l’Espéranto est approuvé pour l’été 2027.


Ça faisait plusieurs semaines, quelques mois même, que je travaillais là-dessus. J’avais des personnages, des idées, des morceaux de texte, une direction. Et là, avec la confirmation, je me suis arrêté.


Bon. Là, qu’est-ce que je fais avec ça?


Est-ce que mon propos tient encore la route? Qu’est-ce que je veux dire? Qu’est-ce que je veux communiquer aux gens qui vont venir passer une soirée au parc?


Un peu un retour à la case départ, mais avec quelques mois de débroussaillage de faits. Et ce billet-là fait partie de la réflexion. Je suis en train de chercher en vous parlant.

Au départ, avec Libéré sur parole, j’imaginais quatre ou cinq personnages qui auraient une relation avec une certaine libération. Mais je commence à avoir des doutes sur cette mécanique. Raconter des histoires de gens qui se libèrent grâce à la parole, est-ce que ça va finir par être un peu moralisateur? Est-ce que je suis en train de préparer une démonstration dont je connais déjà la conclusion?


Je sais pas encore ce que je vais garder. J’ai pas envie de tout jeter. Je veux garder les ingrédients, mais peut-être refaire la recette un peu différemment. Ce qui reste, par contre, c’est l’envie de parler aux gens. Faire un spectacle dans un parc, pas loin de la maison. Enlever des irritants. Décortiquer un peu le théâtre, jouer avec ses conventions, ses clichés, ses habitudes.


J’aimerais que quelqu’un reparte de cette soirée-là en se disant : « Ben oui. Le théâtre, ça peut être aussi pour moi. »


Je me rappelle un spectacle que j’avais monté au cégep de Trois-Rivières : La Reprise, de Claude Gauvreau. J’avais utilisé du Nine Inch Nails, du Marilyn Manson, des stroboscopes. Après une représentation, des étudiants étaient venus me dire qu’ils pensaient pas que le théâtre pouvait être ça aussi. Que ça leur parlait.

C’est resté.


Je repense aussi au Journal d’un fou, de Gogol, que j’avais joué au Studio Théâtre. Un soir, une dame que j’avais invitée était dans la salle. J’ai appris plus tard qu’elle ne savait pas lire à ce moment-là. Quelques mois après, elle m’a dit que le spectacle lui avait donné le goût d’apprendre. Le même soir, à quelques bancs d’elle, il y avait quelqu’un du milieu universitaire qui a ensuite écrit une lettre ouverte dans Le Nouveliste. Une lettre que j’ai dû relire trois ou quatre fois parce que je comprenais pas tous les référents.

Ces deux personnes-là avaient vu le même spectacle...


Ça me donne envie d’explorer. Peut-être que Jeanne, un des personnages que j’avais commencé à imaginer, pourrait trouver sa place quelque part là-dedans. Dans cette rencontre avec le théâtre. Je sais pas encore comment.


Et peut-être que je vais parler davantage de moi. De ma façon de faire cette job-là.

Parce que pour moi, le théâtre, c’est une job. Je la fais du mieux que je peux. Je peux la prendre au sérieux et arriver avec mon chariot en disant que c’est mon camion de tournée. Habituellement, une tournée, ça se compte en milliers de kilomètres. Moi, j’aurai fait dix-huit pieds pour me rendre jusqu’à la scène.


Je pourrais vous souhaiter la bienvenue dans la plus belle salle de spectacle du Québec. Et le lendemain, des enfants reviendraient jouer dedans.


Ça me plaît, ça.


Je travaille à mi-chemin entre le conte et le théâtre. Je peux entrer dans une scène, en sortir, commenter ce qui vient de se passer. Jouer avec les codes, les démonter un peu avec les gens.


Évidemment, il y a un piège : faire un spectacle sur le théâtre qui finit par intéresser seulement les gens de théâtre. Je peux facilement me mettre à parler de Stanislavski, de Tchekhov, de Brecht. Mais à qui je parle, à ce moment-là?


Je veux parler du théâtre aux gens qui seront devant moi. Partager comment on en arrive à être là, ensemble, dans un parc, à faire exister des histoires.


Ensemble...


Je pense que ce mot-là va devoir rester proche pendant l’écriture.


Je viens d’un milieu très pauvre où le théâtre avait peu de place. Cette culture-là, je me la suis accaparée. J’ai pris ma place là-dedans. Et j’ai l’impression que les gens ont droit à ça autant que moi j’y avais droit, peu importe d’où ils viennent.

Mais je veux surveiller mon intention. Si je cherche à les amener à faire comme moi, je vais finir par leur dire quoi faire. J’aimerais leur montrer des possibilités. Après, ils choisiront. Ou ils choisiront pas.


La ligne est mince.


Ce qui est curieux, c’est que la confirmation du projet me donne peut-être plus de liberté. J’avais pas annoncé de prémisse précise. Ce qui est confirmé, c’est le spectacle dans le parc. Le rendez-vous.


Il faut maintenant que je crée ce rendez-vous-là.


Alors je vais retourner à l’écriture. Je vais aussi retourner dans la cour, revoir le parc avec tout ça en tête. Regarder le lieu avec des yeux un peu différents.


Ces temps-ci, je travaille beaucoup comme un casse-tête. Je crée des morceaux, puis je cherche des liens entre eux. Il y en a qui vont tenir. D’autres vont devoir être refaits, déplacés, reformulés. Il va falloir choisir ce que je raconte, comment je le raconte, avec quels objets, avec quelle place pour les personnages.


Je vois encore le chariot. J’entends le « bienvenue dans la plus belle salle de spectacle du Québec ».


Pour la suite, il reste du travail...


Le rendez-vous est confirmé. Là, je cherche ce que je vais vous apporter.

 
 
 

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