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Brecht — Ce qui reste… (adaptation libre du monologue de Galilée)


UN NOUVEAU PROJET


Ce qui reste… — première étape


Je suis parti d’un texte de Bertolt Brecht. Un monologue de Galilée, à la fin de sa vie.

Un moment particulier. Pas une scène d’action. Pas un début. Une fin.


Un homme qui regarde ce qu’il a fait. Et surtout… ce qu’il n’a pas fait.


Plutôt que d’adapter la pièce au complet, j’ai choisi de rester là. Dans ce moment-là.


Et de me poser une question simple :

Qu’est-ce que ça donne…si on fait d’un monologue de fin, de ce somple monologue… une pièce entière ?


J’ai déplacé le centre.

Le savant est devenu un comédien. La science est devenue le théâtre.


Et la question reste la même :

À quoi ça sert… ce qu’on fait ?


Le travail ne consiste pas à raconter une histoire. Il n’y a pas de récit au sens traditionnel.

On arrive après.


Après les choix. Après les succès. Après les compromis.


Il ne reste que la parole.


Le texte s’est construit comme ça. Par retrait.

En enlevant plutôt qu’en ajoutant.

En gardant une langue simple. Des phrases courtes.


Et surtout des silences.


...



Quelque chose qui peut sembler très clair à la lecture…mais qui prend du temps en jeu.


Parce que le projet ne repose pas seulement sur le texte.


Il repose sur un tout :

  • la parole

  • la présence

  • le temps

  • et la relation avec le public


Au niveau de la forme, l’idée est simple.

Commencer avec du théâtre.Des codes reconnaissables.


Puis enlever.

Graduellement.

Jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus rien.


Ce geste n’est pas là pour illustrer une idée.

Il est là pour déplacer quelque chose.

Parce qu’aujourd’hui, on peut très bien être d’accord avec une idée…sans être dérangé.

Alors le travail se fait ailleurs.

Dans le rythme. Dans les silences. Dans ce qui manque.


Ce texte est une première étape.

Une base.

Un point de départ.


Le reste se fera dans Le Studio. Dans l’exploration et surtout dens ce qui va rester...



EXTRAIT


CE QUI RESTE…à la fin


DIDASCALIE D’OUVERTURE

L’image s’ouvre sur un espace fortement chargé : décor visible, accessoires présents, éclairage théâtral affirmé. L’ensemble compose une image reconnaissable, presque trop complète.


Un homme entre dans l’espace.

Il observe.

Un temps.


Puis il commence à retirer ce qui l’entoure.

Il éteint une source de lumière. En déplace une autre. Retire un élément du décor. S’arrête. Reprend.


Le geste n’est pas démonstratif. Il est simple, fonctionnel. Il ne commente pas ce qu’il fait.

Progressivement, les éléments disparaissent.


La lumière diminue. L’espace se vide. Les signes du théâtre s’effacent.

Il ne reste bientôt qu’une seule source lumineuse, latérale, qui éclaire partiellement le corps de l’homme. Le décor devient indistinct. Le lieu n’est plus identifiable.


L’homme s’installe au sol.


Un temps.


Il ne parle pas immédiatement.

Lorsque la parole commence, elle surgit dans un espace presque vide.



LUI

Je ne sais pas si c’est encore du théâtre.

(Pause.)

Je ne sais même pas… si ça l’a déjà été.

(Pause plus longue.)

On m’a appris… très tôt…que le théâtre, c’était important.

Pas important comme… payer son loyer.Important comme…changer le monde.

(Petit sourire.)

Changer le monde…

(Pause.)

J’y ai cru.

Vraiment.

(Pause.)

Je me souviens de mes débuts…la première fois que je suis monté sur scène…

(Pause.)

J’avais l’impression…qu’on allait découvrir quelque chose ensemble.

Pas un texte.

Quelque chose.

(Pause.)

Et puis… les années ont passé.

Les spectacles aussi.

(Pause.)

On répète.On cherche.On doute.

On trouve parfois.

(Pause.)

Et après… on présente.

(Pause.)

Et là… il y a quelque chose qui se fige.

(Pause.)

On refait.Encore.Encore.

(Pause.)

Et ce qui était vivant devient… maîtrisé.

(Pause.)

Et ce qui était dangereux devient… efficace.

(Pause.)

Et ce qui était nécessaire devient… bon.

(Pause.)

“C’était bon.”

(Pause. Il regarde droit devant.)

C’est la phrase que j’ai le plus entendue de ma vie.

(Pause.)

“C’était bon.”

(Pause.)

Mais… est-ce que c’était nécessaire ?

(Long silence.)

Parce que le théâtre…ça ne devrait pas être bon.

(Pause.)

Ça devrait déranger.

(Pause.)

Pas choquer pour choquer.

(Pause.)

Déranger comme une questionqu’on ne peut pas refermer.

(Pause.)

Mais ça…ça ne vend pas.

(Pause.)

Alors on a appris à faire autrement.

(Pause.)

On a appris à séduire.

(Pause.)

À émouvoir.

(Pause.)

À faire rire.

(Pause.)

À faire pleurer.

(Pause.)

Et moi…j’ai appris très vite.

(Pause.)

J’étais bon.

(Pause.)

Très bon.

(Pause.)

Je savais exactement…où respirer.

(Pause.)

Où regarder.

(Pause.)

Quand faire rire.

(Pause.)

Quand ralentir.

(Pause.)

Je savais.

(Pause.)

Et vous aussi, vous saviez.

(Pause.)

On s’entendait bien.

(Pause.)

C’était confortable.

(Pause.)

Et pendant ce temps-là…

(Pause.)

rien ne bougeait.

(Long silence.)

Je me disais :“Ce n’est pas grave.”

(Pause.)

“C’est déjà ça.”

(Pause.)

“On fait du bien.”

(Pause.)

Mais faire du bien…ce n’est pas la même chose que faire du vrai.


Fin de l'extrait



La suite…


Bientôt...


Ou pas.



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