top of page

LA CRÉATIVITÉ SELON JOHN CLEESE


John Cleese est un acteur et humoriste britannique, membre fondateur des Monty Python et créateur de la série Fawlty Towers. Reconnu pour son humour absurde, il s’est aussi intéressé à la psychologie et à la créativité, qu’il a abordées dans plusieurs conférences et ouvrages.


NOTE: Ce texte est créé à partir de différents compte-rendu de conférences de John Cleese dont les résumés ont été fait avec l'intelligence artificielle.


On parle souvent de la créativité comme d’une espèce de don mystérieux.


Comme si certaines personnes étaient touchées par la grâce pendant que d’autres seraient condamnées à simplement exécuter. Comme si créer relevait d’un éclair, d’un miracle, d’un privilège presque sacré. Et je pense que c’est une des idées les plus trompeuses qu’on entretient autour de la création.


Ce que John Cleese propose est à la fois plus simple… et plus exigeant.

Il ne dit pas que la créativité appartient à une élite. Il dit plutôt qu’elle dépend d’une manière de fonctionner. D’un état. D’une disposition mentale. Autrement dit, la vraie question n’est pas tant : « Est-ce que je suis créatif? » mais plutôt : « Est-ce que je me place dans des conditions qui rendent la créativité possible? »


Et là, tout change.


Parce que ça retire un peu de romantisme au geste de créer, oui. Mais ça lui redonne quelque chose de beaucoup plus concret. Beaucoup plus humain aussi. Créer ne serait donc pas seulement attendre l’inspiration. Ce serait apprendre à entrer dans un certain rapport au temps, au doute, au jeu, à l’espace, aux autres.


Cleese oppose deux états très clairs : le mode fermé et le mode ouvert.


Le mode fermé, on le connaît bien. Trop bien, même. C’est le mode de l’efficacité, de l’urgence, de l’exécution. Le mode où il faut répondre, produire, avancer, régler. On y est tendu. Focalisé. Parfois nerveux sans même s’en rendre compte. On veut arriver quelque part. On veut que ça serve. On veut que ça fonctionne.


Ce mode est utile. Il faut le dire. Sans lui, rien ne se concrétise. Rien ne se construit. Rien ne se termine. Il faut bien, à un moment, prendre une décision, choisir une direction, monter la scène, envoyer le document, fixer le plan de feu, passer à l’action.


Mais ce n’est pas dans cet état-là que les idées neuves apparaissent.


Et ça, je trouve que c’est une remarque fondamentale.

Parce qu’on vit dans un monde qui confond sans arrêt production et création. On croit que parce qu’on est occupé, on est en train de créer. On croit que parce qu’on remplit l’horaire, on avance intérieurement. On croit que parce qu’on règle des problèmes, on invente.


Mais régler n’est pas inventer.


Exécuter n’est pas découvrir.


Terminer n’est pas forcément créer.


Le mode ouvert, chez Cleese, c’est autre chose. C’est un état plus relâché, plus joueur, plus flottant, plus vaste. Un état dans lequel l’esprit n’est pas prisonnier d’un résultat immédiat. Un état où la curiosité peut exister pour elle-même. Où l’on peut regarder une idée un peu absurde sans la jeter tout de suite. Où l’on peut rester dans une question sans exiger une réponse instantanée.


Et ça, pour moi, c’est extrêmement parlant dans un processus artistique.


Parce qu’au fond, beaucoup de bonnes idées ne ressemblent pas à de bonnes idées quand elles arrivent. Elles ressemblent à des détours. À des maladresses. À des bizarreries. À des essais un peu mous. À des intuitions mal formulées. À quelque chose qui n’est “pas encore ça”.


Le problème, c’est que dans nos façons de travailler, on coupe souvent trop vite.

On tranche. On corrige. On rationalise. On reformule. On veut rendre l’idée présentable avant même qu’elle ait fini de naître.


Et c’est peut-être là qu’on perd quelque chose.


Cleese insiste sur cinq facteurs qui permettent à la créativité de respirer.


D’abord l’espace.

Pas l’espace au sens abstrait. L’espace réel. Un lieu protégé. Un endroit où l’on peut se retirer du bruit, des demandes, des interruptions, de la logique ordinaire de la journée. Il y a quelque chose de presque banal là-dedans, mais c’est peut-être justement pour ça qu’on le néglige. On veut être créatif dans le vacarme. Entre deux appels. Entre deux urgences. En gardant un œil sur les notifications. En se laissant traverser sans cesse par des micro-sollicitations.


Puis on s’étonne que rien n’ouvre.


Mais l’esprit a besoin d’un seuil. D’une coupure. D’un endroit où il comprend qu’il n’est plus en train de simplement répondre au monde.


Ensuite, il y a le temps.

Et pas juste “avoir un moment”. Du vrai temps. Du temps délimité. Du temps offert à la pensée. Cleese parle d’environ une heure et demie. Ce n’est pas une formule magique. Je ne peux pas confirmer que cette durée convienne à tout le monde dans tous les contextes. Mais le principe, lui, est très clair : une séance trop courte laisse l’esprit dans son agitation de départ. On vient à peine de ralentir qu’il faut déjà repartir.

Autrement dit, ce n’est pas seulement du temps qu’il faut. C’est assez de temps pour traverser le bruit intérieur.


Je trouve ça juste.


Quand on commence à réfléchir vraiment, on ne pense pas tout de suite au sujet. On pense aux courriels. À la facture. Au rendez-vous. À la tâche en retard. À ce qu’on aurait dû finir hier. L’esprit saute partout. Il résiste. Il se débat un peu. Et très souvent, on interprète ça comme un signe qu’on n’est “pas dedans”. Alors qu’en réalité, on est simplement dans le vestibule. Pas encore entré.


Il faut rester un peu plus longtemps.


Puis il y a ce deuxième temps dont parle Cleese, encore plus important peut-être : la persévérance dans l’incertitude.


Et là, on touche quelque chose de très vrai, et de très inconfortable.


Les idées les plus faibles ont souvent un avantage : elles soulagent vite. Elles permettent de décider. De conclure. De se débarrasser du malaise de ne pas savoir. On prend la première réponse convenable, non pas parce qu’elle est forte, mais parce qu’elle met fin à la tension.

À l’inverse, une vraie recherche demande souvent qu’on reste avec un problème plus longtemps que ce qui est confortable.


Rester sans réponse.Rester dans le flou.Rester dans le “je ne sais pas encore”. Rester sans se jeter tout de suite sur la première structure rassurante.


Ça paraît simple dit comme ça. En pratique, c’est difficile.

Parce qu’on aime la sensation d’être décisif. On aime l’impression d’avancer. On aime pouvoir dire : voilà, c’est trouvé. Mais parfois, ce qu’on appelle une décision n’est qu’une fuite élégante hors de l’inconfort.


Et cette idée-là, je la trouve redoutable.


Cleese parle aussi de la confiance. Et là encore, ça touche juste.

On ne peut pas jouer avec les idées si on se sent observé, évalué, coupé, jugé trop vite. On ne peut pas proposer quelque chose d’idiot si le groupe n’autorise pas l’idiotie passagère. On ne peut pas improviser librement si chaque proposition risque d’être accueillie par un froncement de sourcils, un soupir, un “non, c’est pas ça”.


La créativité demande un climat où l’on a le droit d’être provisoire.

Pas médiocre par paresse. Pas flou par manque d’exigence. Mais provisoire comme étape réelle du travail. Une parole qui cherche. Une intuition qui n’a pas encore trouvé sa forme. Une idée absurde qui n’a pas encore révélé son utilité.

Ça me semble capital, surtout dans un travail de groupe.


On parle souvent de collaboration comme si la simple présence de plusieurs personnes suffisait à produire plus d’intelligence. Ce n’est pas vrai. Plusieurs personnes peuvent aussi produire plus d’autocensure, plus de prudence, plus de défensive. Un groupe peut ouvrir. Il peut aussi refermer.


Tout dépend de l’atmosphère.


Et puis il y a l’humour.

Pas l’humour comme décoration.Pas l’humour comme obligation de faire rire.L’humour comme détente de l’esprit. Comme déplacement. Comme ouverture soudaine. Comme preuve qu’on n’est plus entièrement prisonnier de soi-même.


Cleese dit que l’humour est le moyen le plus rapide de passer du mode fermé au mode ouvert. Et je crois que c’est une des idées les plus précieuses de tout l’ensemble.

Parce qu’on a tendance, dans les milieux artistiques, à confondre profondeur et lourdeur.

On veut être sérieux, alors on devient graves. On veut être engagés, alors on devient raides. On veut donner du poids à ce qu’on fait, alors on le recouvre d’une forme de solennité.

Mais le sérieux et la solennité, ce n’est pas la même chose.


Le sérieux concerne l’importance du sujet. La solennité concerne souvent l’importance qu’on se donne à soi-même en parlant du sujet. Et la différence est immense.

On peut parler de choses graves, urgentes, profondes, douloureuses, sans jamais quitter une forme de souplesse. On peut même rire en parlant de ce qui compte. Le rire n’annule pas la profondeur. Il peut au contraire lui rendre de l’air.


La solennité, elle, étouffe.

Elle protège l’ego.Elle interdit le faux pas.Elle fige la pensée.Elle installe une posture.

Et dès qu’une posture prend trop de place, le jeu recule.


Or sans jeu, il n’y a pas de création vivante.

Il y a peut-être du savoir-faire. De la compétence. De la maîtrise. Mais il manque quelque chose. Une vibration. Une liberté. Un imprévu. Quelque chose qui n’a pas été seulement calculé.


J’aime aussi dans cette réflexion l’idée que l’absurde peut servir.

Pas comme finalité. Comme passage.


Une idée ridicule peut devenir une marche vers une meilleure idée. Une intuition bancale peut déplacer suffisamment la pensée pour ouvrir une porte qu’une logique trop droite n’aurait jamais vue. C’est là qu’entre en jeu ce qu’on pourrait appeler l’intelligence du détour.


Dans un processus créatif, tout n’a pas besoin d’être juste tout de suite.

Et ça, c’est presque contre-culturel aujourd’hui.

On veut être pertinent immédiatement. Formulé immédiatement. Efficace immédiatement. Lisible immédiatement.


Mais l’imaginaire travaille rarement comme ça.

Il tâtonne. Il juxtapose. Il essaie. Il rate. Il revient. Il associe des choses qui n’ont pas l’air faites pour aller ensemble. Et parfois, c’est précisément là que quelque chose commence à vivre.


Il y a aussi cette place accordée à l’intuition. Une intuition qui ne remplace pas la pensée, mais qui la guide autrement. Qui sent qu’il y a quelque chose à creuser avant même de pouvoir le démontrer. Qui reconnaît qu’une piste “sent bon”, même si elle n’est pas encore défendable.


Je trouve ça important, parce qu’on a parfois peur du mot intuition, comme s’il s’opposait à la rigueur. Alors qu’il peut très bien en être le début. L’intuition ne termine pas le travail. Elle pointe. Elle signale. Elle attire l’attention vers un endroit que la logique seule n’aurait pas immédiatement choisi.


Et puis, il y a une chose qui me semble très concrète dans tout ça : la créativité n’est pas le contraire de l’efficacité. Elle en est peut-être une condition plus profonde.


Mais pas l’efficacité immédiate.


La vraie efficacité, celle qui compte sur le long terme, serait peut-être la capacité d’alterner entre les deux modes. Savoir quand ouvrir. Savoir quand fermer. Savoir quand jouer. Savoir quand décider. Savoir quand laisser flotter. Savoir quand construire.


Le problème commence quand toute notre vie se passe en mode fermé.

On devient performants, oui. Rapides, oui. Productifs, souvent. Mais est-ce qu’on voit encore? Est-ce qu’on découvre encore? Est-ce qu’on se surprend encore?


Je me demande parfois si une grande part de notre fatigue créative vient de là. Pas d’un manque de talent. Pas d’un manque d’idées. Mais d’un manque de conditions. D’un manque d’air. D’un manque d’espace réel pour ne pas savoir. D’un manque d’humour aussi. D’un manque de confiance. D’un manque de temps non immédiatement rentable.


Et au fond, c’est peut-être ça que dit Cleese d’une manière très simple : la créativité ne disparaît pas forcément parce qu’on est vide. Elle disparaît souvent parce qu’on ne lui laisse plus de place.


On veut des résultats. Elle demande du jeu. On veut de la certitude. Elle demande de tolérer un peu d’incertitude. On veut de la vitesse. Elle demande du temps. On veut de la maîtrise. Elle demande qu’on accepte de passer un moment par le désordre.


Ce n’est pas très spectaculaire. Ce n’est pas mythique. Ce n’est pas la foudre qui tombe sur quelques élus.


Mais c’est peut-être plus rassurant que ça.


Parce que si la créativité est une manière de fonctionner, alors elle n’est pas réservée à quelques génies. Elle devient une pratique. Une discipline presque. Une façon de protéger, au milieu du bruit, une petite zone d’ouverture.


Et dans le fond, c’est peut-être ça qu’il faut défendre aujourd’hui avec le plus de sérieux possible.


Pas la solennité de la création.


Mais son espace de jeu...



Commentaires


Pour nous joindre

Vous avez une idée, une proposition, un commentaire, 
une critique, une éventuelle collaboration, un projet,
n'hésitez pas à communiquer avec nous.


theatre.mauvais.garcon@gmail.com
 

VIA NOTRE PAGE FACEBOOK

© 2020 Le Théâtre du Mauvais Garçon 

bottom of page