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Théâtre ou archéologie?


L’autre jour je suis tombé sur une expression qui m’a fait sourciller. Une expression simple… mais qui met des mots sur quelque chose que je ressens depuis longtemps au théâtre.


“Deadly Theatre.”


L’expression vient du metteur en scène britannique Peter Brook. Littéralement : le théâtre mortel. Ou peut-être le théâtre… mort tout court.


Et quand j’ai lu sa définition, j’ai eu un petit choc tranquille. Parce que je me suis dit : ah. Voilà. C’est ça que je ressens parfois.


Pas toujours.

Mais assez souvent.


On connait tous la scène. Une compagnie annonce une nouvelle production d’un classique. On nous explique que le texte n’a pas vieilli. Que les thèmes sont toujours actuels. Que l’œuvre parle encore au public d’aujourd’hui.


Et puis on arrive dans la salle.

Et là… quelque chose cloche.


Le texte est ancien, la forme aussi. La diction ressemble à une langue que personne ne parle. Les gestes semblent venir d’une tradition que personne n’a vraiment choisie mais que tout le monde continue de reproduire. On nous dit que c’est vivant. Mais on reçoit quelque chose qui ressemble un peu… à un objet conservé.


Comme si on assistait moins à une œuvre d’art qu’à une sorte de démonstration archéologique.


J’exagère un peu, mais pas tant que ça.


Parce que c’est peut-être là la grande différence entre l’art et l’archéologie.

L’archéologie conserve. Elle observe. Elle reproduit. Elle protège les traces du passé.

L’art, lui, devrait faire autre chose. Il devrait risquer quelque chose dans le présent.

Sinon… pourquoi être sur scène?


Peter Brook explique que le “Deadly Theatre” apparaît quand le théâtre continue par habitude. Quand on reproduit les formes parce que c’est comme ça que ça se fait. Parce que c’est la tradition. Parce que c’est rassurant. Les classiques deviennent alors un peu sacrés. On les respecte tellement qu’on oublie de les réveiller. Résultat étrange : on dit que ces textes parlent encore aujourd’hui… mais on les met en scène comme s’ils étaient encore hier.


Et le public, à mon avis, sent très vite ce décalage.


Même sans pouvoir l’expliquer.

Mais ce qui est drôle, c’est que ce problème n’est pas seulement celui des classiques.

Le théâtre contemporain tombe parfois dans un piège similaire. Les personnages deviennent extrêmement précis. Hyper situés. Hyper nichés. Ils vivent des réalités très particulières, très locales, très générationnelles, très culturelles… parfois même très artistiques.


Et à force de précision, quelque chose se perd.


L’identification.


On ne parle plus vraiment une langue commune. On parle une langue associée à un style. À un courant. À un auteur. À une époque.


Et là aussi… le public sent qu’il regarde quelque chose. Mais qu’il n’est pas complètement dedans.


Je ne dis pas que c’est simple.

Le théâtre cherche toujours cet équilibre étrange. Entre mémoire et invention. Entre héritage et présent. On ne peut pas jeter Molière par la fenêtre. Ni Feydeau. Ni Shakespeare. Ce serait absurde.


Mais les jouer comme des pièces de musée… c’est peut-être tout aussi étrange.


Depuis que je suis tombé sur cette idée de Deadly Theatre, je pense que je vais regarder certaines mises en scène autrement.


La question qui se posera :

Est-ce que ce spectacle existe par nécessité?

Ou est-ce qu’il existe par tradition?


Ce n’est pas toujours facile à voir. Et je ne prétend pas avoir la réponse.

Mais une chose me semble certaine.


Le théâtre n’est pas fait pour être conservé.

Il est fait pour être réveillé.


Et ça… c’est une toute autre affaire.


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