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C’est possible... Projet été 2027...

10 sept.
4 min de lecture


À l’été 2027, si tout va comme prévu, je vais arriver dans un parc en tirant un chariot.

Et à partir de là, il faudra faire du théâtre.


Pourquoi un parc?


La première réponse peut paraître un peu bête : je n’ai simplement pas les moyens de louer une salle traditionnelle.


Pendant des années, cette réalité m’a obligé à chercher ailleurs. À jouer dans des lieux qui n’étaient pas nécessairement faits pour le théâtre. À m’adapter. À inventer. À force, la contrainte est devenue une habitude. Puis l’habitude est probablement devenue une manière de créer.


Aujourd’hui, quand j’imagine un spectacle, je le vois assez naturellement ailleurs que dans une salle traditionnelle. Je pense même que je serais peut-être un peu embêté si je devais revenir à cette salle « normale ».


Alors, un parc.


Et pas n’importe lequel.

Le parc de l’Espéranto est pratiquement dans ma cour. Quelques pas séparent la maison de l’endroit où nous pourrions jouer.


Mais il y a autre chose.


À Trois-Rivières, une grande partie de l’activité culturelle est concentrée au centre-ville. Depuis longtemps, je pense qu’on peut aussi faire vivre la culture ailleurs. Aller dans les quartiers. Aller vers les gens plutôt que toujours demander aux gens de venir vers nous.

Choisir ce parc, c’est aussi poser ce geste-là.


Pour qui?

Quand j’ai commencé à imaginer Libéré sur paroles, la première chose que j’ai vue n’était pas le décor.


Ce n’était même pas moi.


C’était le public.


Les gens du quartier. Des curieux. Des enfants. Des gens qui connaissent le théâtre et probablement d’autres qui le connaissent très peu.


Et ça change beaucoup de choses.


Je veux créer un spectacle accessible, mais je ne veux pas pour autant créer un théâtre simplifié.


C’est probablement l’un des points les plus délicats de ma recherche présentement.

Comment faire du théâtre pour quelqu’un qui n’en connaît pas nécessairement les codes sans enlever ce qui fait que c’est du théâtre?


Une des inspirations qui m’accompagnent dans cette réflexion est Our Town, de Thornton Wilder. Dès le début, la pièce expose le théâtre, le décortique, en montre les mécanismes.

Cette idée m’intéresse énormément.


Plutôt que de cacher les conventions théâtrales, pourquoi ne pas les montrer?

Dire au public, d’une certaine manière : voici comment nous allons jouer ensemble.


Parce que je vais lui demander de jouer.


À un certain moment, par exemple, il faudra accepter qu’un homme de 58 ans, avec une barbe, les cheveux longs, ma corpulence et ma grosse voix puisse devenir Jeanne, une dame d’un certain âge.


Je ne veux pas nécessairement cacher l’artifice.


Je veux plutôt que nous acceptions ensemble que, pendant quelques minutes, je suis Jeanne.


Et je veux essayer de vous la faire voir.


C’est là que le comédien rejoint le conteur.


Monsieur Stéphane, Stéphane et les autres

J’aime beaucoup la présence d’un narrateur.


Il peut faire le lien entre le public et l’œuvre. Ça rejoint le conte, ça permet l’humour et ça me permet aussi de parler en mon nom.


Parce que Libéré sur paroles n’est pas un spectacle autobiographique. Mais il parle énormément de moi. Après plus de trente ans à essayer de travailler dans certaines normes, dans certaines attentes, j’arrive à une période particulière de ma vie.


J’ai 58 ans. La soixantaine approche. La retraite commence tranquillement à apparaître quelque part devant, sans que je sache encore exactement quel visage elle prendra.

Curieusement, pendant que ma vie de travailleur s’approche peut-être tranquillement d’une autre étape, ma vie artistique, elle, semble prendre un deuxième élan.


La pandémie. La naissance du Théâtre du Mauvais Garçon. Mon arrivée au Musée POP. Le retour du conte, au théâtre. Les projets qui se multiplient.


J’ai l’impression d’être redevenu un peu artiste.


Et ce spectacle arrive exactement là.


Je n’aurais pas pu le concevoir il y a dix ou vingt ans.


Se libérer de qui?

Libéré sur paroles fait évidemment référence à l’univers de la prison. Mais il y a surtout la parole. Avec le recul, je me rends compte que plusieurs des plus grandes barrières que j’ai rencontrées au cours de ma vie, je me les suis mises moi-même.


La peur d’être mal perçu.

Ce qu’on croit qu’on attend de nous.

Ce qu’on ne se donne pas le droit de faire.

Toutes ces petites choses peuvent finir, si on n’y prend pas garde, par devenir des barrières.

Et peut-être qu’on ne parle pas assez.

Peut-être aussi qu’on n’écoute pas assez.


Le spectacle va se promener quelque part là-dedans.


Je n’ai pas envie d’en faire une leçon. Encore moins de dire aux spectateurs de quoi ils devraient se libérer.


Je préfère commencer par moi.


Le geste de faire ce spectacle me libère déjà de certaines choses. Je ne vais probablement pas m’étendre là-dessus pendant la représentation.

P

arce que le spectacle est le geste qui est pertinent.


Après la dernière représentation

Je ne sais pas encore exactement ce que sera Libéré sur paroles à l’été 2027.


Le spectacle est toujours en chantier.


Il reste des personnages à découvrir, des scènes à écrire, une mécanique à construire et probablement plusieurs idées à abandonner en chemin.


Mais je sais ce que j’aimerais pouvoir dire quand le parc sera vide après la dernière représentation.


C’est possible.

C’est possible d’avoir une vie théâtrale dans un parc.

C’est possible d’avoir une vie théâtrale sur le Web.

C’est possible dans une école.

C’est possible dans une résidence.

C’est possible d’aller vers des gens qui ne seraient peut-être jamais venus jusqu’à nous.


Et j’espère que l’expérience donnera envie au public, aux instances, à ma conjointe et à moi-même de récidiver.


Peut-être avec un autre spectacle.

Peut-être même avec plusieurs.


Et si quelques personnes qui ne fréquentaient pas le théâtre découvrent cet été-là qu’elles ont envie d’y retourner, ce sera encore mieux.


Je suis un peu en marge depuis longtemps.

Et plus j’avance, moins j’ai envie de considérer cette marge comme un endroit dont il faudrait absolument sortir.


Il y a peut-être beaucoup de théâtre à faire là.


Alors oui.

Je crois que c’est possible...

 
 
 

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