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CHRONIQUE DE JEAN MAROIS (30 AVRIL)

Le deuil de la vie ou de la carrière…


Et vlan, Stéphane Bélanger, j’ai «scoopé» ta phrase «Le deuil d’une carrière». Le sujet commence peut-être d’une manière ardue, mais faut aussi que ça sorte parfois cette crainte de parler de deuil, de se rendre compte qu’il y aura une fin. Évidemment la fin n’est jamais celle que l’on souhaiterait enfin sûrement pas souvent.


À quel âge doit-on commencer à penser à l’après? Je me souviens de «Liberté 55» c’était l’époque où l’on s’imaginait que la retraite voulait dire aller vivre dans le sud au chaud avec du sable blanc, des cocotiers et des gens qui nous serviraient des tord-boyaux rafraîchissant «ad nauseam». Ou bien l’époque bénie des cours de récréologie à l’université, ou encore une fois on nous promettait «LA SOCIÉTÉ DES LOISIRS», on ne travaillerait que 4 jours ou moins par semaine, la pétanque et le boulingrin deviendraient nos sports nationaux et l’on vivrait riche et vieux au soleil. Chef, vous avez oublié un détail. Qui va travailler les 3 autres jours pour faire fonctionné la société? Bof, «y’a rien là» comme disait Ti-Guy l’ancien mécanicien de Sylvain Périgny, les jeunes vont travailler les 3 jours qui vont rester…

Oui, on l’a eu profond dans notre carrière, la société des loisirs. Mais bon, moi je voulais simplement faire un travail que j’aimais dans lequel je serais heureux… AHHHH, le vilain mot «heureux» dans son travail ça n’existe pas. Enfin, oui, si peu par contre, et moi, je l’ai été. Vous allez dire, il ment… Ben oui je vous mens, certains jours je me disais même que j’étais utile à la société, quelle vanité, quelle arrogance, quel manque de respect pour la société… OK, disons que je n’étais qu’un caillou de l’entrée de «gravel», qu’un maillon d’une vieille chaine presque rouillée, qu’une pierre dans un mur, mais peut-être la pierre angulaire…


Ouais, on est loin du deuil, on y arrive, pour avoir un deuil, il faut, une vie, il faut aimer, il faut vivre, je ne crois pas pouvoir être en deuil d’une roche ou d’une goutte d’eau. Mais le deuil comme les sandwichs aux œufs, c’est différent pour chacun et chacune, la base de la recette est la même, c’est la manière, les ingrédients, la passion qui diffèrent. Bon, comparer le deuil et une sandwich aux œufs, vous me trouvez «weird», ben je suis «weird». Je suis comme je suis, au début, je voulais changer plein de choses, mais qui ne le veut pas. En début de carrière, j’ai appris, j’ai fait des erreurs, de bons coups, des mauvais? Sûrement, mais aujourd’hui à presque 65 ans dans quelques jours, l’âge «officiel» de la retraite, je fais quoi? Je déprime ou je passe à travers… Je vous confie un détail, mon père, mon idole, celui qui est encore à mes côtés, celui qui m’a aidé tant de fois, qui m’as «APPRIS» la vie, oh pas seulement en paroles, mais aussi en actes, en petits conseils détournés, en sourires…

Mais, mon père travaillait pour une compagnie de télécommunication qui existe encore, et mon père dévoué et travaillant (il a une plaque, qui le remercie de n’avoir jamais manqué une journée de travail en 25 ans), lui il voulait finir à 65 ans, c’était la norme à l’époque… Ben oui, à 65 ans on te donne une montre en or, on t’invite à dîner et on te dit «Merci pour ce que tu as fait pour la compagnie», c’était la manière. MAIS, mon père voulait finir à 65 ans, mais les pressions internes de la compagnie ont eu raison de lui et il a quitté à 63 ans, sans montre et déçu de ne pas finir ce qu’il avait commencé. Faut que vous sachiez que mon père était très aimé de ses collègues, j’ai eu l’occasion de parler à certains de ses collègues et dès que je disais que j’étais son fils, leurs yeux s’illuminaient. Faut aussi que vous sachiez qu’à 16 ans j’avais travaillé de nuit pour cette compagnie, et c’est lui qui avait demandé de faire le «chiffre» de nuit pour être avec moi et me montrer le travail…


Alors, moi comme pour faire un pied de nez à la vie, j’avais décidé de travailler jusqu’à 67 ans pour remettre à mon père ces deux années manquées. Je sais, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, mais dans mon âme et dans mon cœur c’était important. Mais, comme la vie est ratoureuse et parfois «ingrate», j’ai terminé à 63 ans comme mon père, non sans peine, avec un sentiment encore présent aujourd’hui d’avoir «perdu» quelque chose, cette fin «honorable», ce sentiment dépassé d’avoir «fait mon travail». Je suis d’une autre époque, d’un autre siècle, mais j’aimais mon travail intensément (parfois trop), je voulais faire la différence. Mais, cette intensité m’a apporté des ennemis, des gens qui n’ont regardé qu’une partie en croyant voir le tout. Ben oui, des mauvaises langues, des racontages, ne nous étirons pas trop, est-ce que je méritais cette fin manquée? Pour certains oui, parfait, je m’incline, maintenant faites mieux…


En passant ce n’est pas moi qui a infecté la chauve-souris, je ne suis jamais allé en Chine, mais je trouve triste et difficile de voir un milieu s’écraser et se désintégrer comme je le vois actuellement. C’est vrai, je suis aussi trop près encore pour avoir un jugement neutre, mais, s’il y a une chose qui est difficile dans le deuil, c’est de tourner la page, chacun à sa manière, la mienne j’ai de la difficulté à la trouver, c’est ma faute, je me suis fait une perception très erronée de la fin de cette carrière. J’espérais que… Alors, que je devrais me concentrer sur ce que j’ai vécu tout au long de ces belles années, vous côtoyer, vos applaudissements, les belles journées de soleil lors des festivals, vos sourires…

Finalement le deuil, c’est se concentrer sur nos plus beaux souvenirs, mes discussions avec Bertrand Falisse, mes sourires avec Jean-Gab, l’amour de mes grands-parents et de ma famille et j’en passe.


Je vous cite mon ami décédé, Yvon Linteau, dans un de ses spectacles de monologues : «Dans la vie il faut bien commencer, si on veut pas mal finir…»


«Yvon, je vais essayer de mettre ta citation en force dans ma vie, oui, ça c’est mal terminé, oui j’en veux encore à la vie, mais il faut que je tourne la page avant que le livre ne se referme définitivement…»


Ça c’était la fin que j’avais écrite voilà quelques jours. Après réflexion je crois que ma page se tourne plus rapidement que je ne le crois moi-même, c’est vrai que je focus parfois sur le mauvais joueur en défensive… Mais, la réalité c’est que j’ai d’autres champs d’intérêt qui se sont pointés insidieusement si j’ose dire. J’ai mes souvenirs et j’essaie d’éliminer les mauvais et de ne garder que les bons, ça doit être ça le deuil finalement. «Il faut oublier pour se souvenir». Je vous souhaite de remplir votre âme de souvenirs heureux vous en aurez besoin vers la fin, attention pas à la fin, «vers» la fin…




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