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Comédien ayant de l'égo... "RED FLAG"


Au Québec, on a un drôle de rapport avec l'ego.


On dirait qu'on en a peur.


Dès qu'un artiste affirme un peu trop fort qu'il croit en son spectacle, il devient prétentieux.

Dès qu'un sportif célèbre un peu trop longtemps, il a la grosse tête.

Dès que quelqu'un prend un peu de place, il faudrait vite lui rappeler de redescendre sur terre.


Comme si l'humilité consistait à s'excuser d'exister.


Moi, je ne marche pas là-dedans.

Moi, j'ai de l'ego.

Et heureusement.


Si je monte sur une scène, c'est parce que je crois que mon spectacle mérite d'être vu.

Si je passe des centaines d'heures à écrire, à répéter, à mettre en scène, c'est parce que je pense que ça vaut le temps et l'argent du public.

Sinon, je reste chez nous.


Ce n'est pas de la prétention.


C'est la base du métier.


Il y a plusieurs années, quelqu'un m'a dit une phrase que je n'ai jamais oubliée.

« Tu devrais avoir un ego proportionnel à ton talent. Plus d'ego, tu risques de devenir insupportable. Moins d'ego que ton talent, tu risques de te faire manger la laine sur le dos. »


Je trouve encore aujourd'hui que c'est probablement une des meilleures définitions de l'ego. Parce que le problème n'est pas d'en avoir.


Le problème, c'est de savoir qui il sert.


Comme metteur en scène, je fais un choix qui n'est pas toujours populaire.

Je favorise le spectacle avant les individus.


Toujours.


Si je donne un grand moment à un comédien, ce n'est pas pour lui faire plaisir.

Ce n'est pas pour qu'il reparte chez lui convaincu qu'il a volé le show.

C'est parce que ce moment-là sert le spectacle.

Et si demain ce grand moment doit être donné à un autre comédien parce que le spectacle y gagne, je vais le faire sans hésiter.


Le théâtre, ce n'est pas une compétition.

C'est une équipe.


Et pourtant...

On a tous, moi le premier, un réflexe.

On veut sauver la scène.

Chaque fois qu'on entre.

On veut être celui qu'on remarque.

Celui dont on va parler après la représentation.

Celui qui va recevoir la meilleure critique.

C'est humain.


Mais ce n'est pas toujours bon.

Parce que parfois, la meilleure chose qu'un comédien peut faire...

C'est de ne surtout pas attirer l'attention.

Ça demande énormément de confiance.

Et énormément de métier.


Évidemment, personne ne dira jamais :

« Je refuse cette mise en scène parce que j'aurai l'air moins bon que mon partenaire. »


Jamais.


L'ego est beaucoup plus intelligent que ça.

Il parle toujours le langage de l'art.

« Je ne crois pas au personnage. »

« Je trouve que ce n'est pas crédible. »

« Je pense que la scène fonctionnerait mieux autrement. »


Et parfois...

C'est vrai.

Le comédien a raison.

Le metteur en scène se trompe.


Mais parfois aussi...

Ce n'est pas le personnage qui parle.

C'est l'ego.

Et le plus dangereux, c'est qu'on ne s'en rend même pas compte.

L'ego est un excellent avocat.

Il trouve toujours des arguments magnifiques pour défendre une cause qui, au fond, n'a rien d'artistique.

C'est là que le travail du metteur en scène devient compliqué.

Il ne dirige pas seulement des déplacements.

Il doit lire les êtres humains.

Essayer de comprendre ce qui est réellement en train de se jouer.

Est-ce que cette résistance sert le spectacle?

Ou est-ce qu'elle sert simplement le besoin, très humain, d'occuper un peu plus de place?


Je me pose exactement la même question.

Mon ego de metteur en scène existe lui aussi.

Il me souffle parfois que mon idée est meilleure parce qu'elle est de moi.

Il me fait parfois résister à une proposition simplement parce qu'elle vient d'un autre.

L'ego ne choisit pas son camp.

Il habite tout le monde.

La différence, ce n'est pas d'en avoir ou pas.

La différence, c'est d'être capable de le reconnaître quand il prend le volant.


Avec les années, je suis arrivé à une conclusion toute simple.

Les meilleurs comédiens que j'ai croisés n'étaient pas ceux qui cherchaient à gagner chaque scène.

C'étaient ceux qui cherchaient à faire gagner le spectacle.

Ce n'est pas la même chose.

Et c'est probablement là que se cache la véritable humilité.

L'humilité, ce n'est pas de dire qu'on n'a pas de talent ou de laisser toute la place.

C'est de reconnaître que notre talent est au service de quelque chose de plus grand que nous.


Alors non.

Je ne crois pas qu'il faille avoir peur de l'ego.


Je crois qu'il faut simplement lui rappeler une chose.


Sur une scène, il y a toujours quelque chose de plus important que lui.

Le spectacle.

 
 
 

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