Le théâtre et les réseaux sociaux… est-ce qu’on se trompe de combat ?
- Le Théâtre du Mauvais Garçon
- 16 févr.
- 3 min de lecture

Je vais être honnête, je me questionne beaucoup ces jours-ci...
On nous dit constamment que, si on veut exister aujourd’hui, il faut être partout. Facebook, Instagram, TikTok, X, Snapchat… Il faut publier souvent. Il faut créer de l’engagement. Il faut bâtir une communauté. On nous offres même des formations complètes pour nous apprendre à être présents sur les réseaux sociaux.
Et je me demande sincèrement : est-ce que c’est vraiment la bonne bataille pour le théâtre ?
Je le vois concrètement. Il m’est arrivé de publier quelque chose sur Facebook. Aucune réaction. Aucun partage. Aucun commentaire. Silence total. Si je me fie aux règles classiques des réseaux, c’est un échec.
Mais au même moment, le billet de blog lié à la publication reçoit 20 ou 25 vues en quelques minutes. Donc les gens cliquent. Ils lisent. Mais ils ne réagissent pas.
Ça m’a fait réfléchir. Peut-être que le public du théâtre est comme ça. Présent, mais discret. Intéressé, mais pas démonstratif. Ce n’est pas un public qui a nécessairement envie de se mettre en vitrine en partageant chaque publication. Il consomme en silence. Alors quand on nous vend des recettes pour « provoquer l’engagement », je me demande si on ne cherche pas à forcer un comportement qui n’est pas naturel à notre milieu.
On parle beaucoup de créer des communautés. Oui, c’est important. Mais souvent, au théâtre, on crée une communauté autour de la troupe, autour de la compagnie, autour d’un nom. On nourrit notre petite bulle. On protège notre marque.
Mais est-ce qu’on crée une communauté autour de l’activité théâtrale de la région ? Autour du fait d’aller voir du théâtre, peu importe qui le fait ? Pas toujours. Je me demande si on ne travaille pas chacun dans notre coin à construire notre visibilité individuelle, plutôt que de renforcer un écosystème plus large.
Et puis il y a la question des plateformes elles-mêmes. TikTok, par exemple. Est-ce que les gens qui vont voir du théâtre sont vraiment là ? Peut-être certains. Mais est-ce que c’est là que se trouve mon public principal ? Honnêtement, je n’en suis pas convaincu.
Le théâtre est un art lent. Il demande de l’attention. Du temps. Une présence. Les réseaux sociaux, eux, fonctionnent sur la vitesse, le réflexe, l’instantané. Ce n’est pas la même logique. On peut essayer d’adapter le théâtre à ce rythme… mais à quel prix ?
Je ne dis pas qu’il faut abandonner les réseaux sociaux. Moi-même, j’utilise Facebook comme une amorce. Une porte d’entrée. Un endroit pour dire : « J’ai écrit quelque chose. Si ça vous intéresse, c’est là. »
Mais je refuse de transformer mon travail en machine à contenu juste pour plaire à un algorithme.
Je préfère que 20 personnes lisent vraiment un texte, plutôt que 200 mettent un pouce levé sans aller plus loin. Peut-être que je me trompe. Peut-être que je ne joue pas le bon jeu. Mais je me demande si le théâtre a vraiment besoin d’être viral. Est-ce qu’il ne gagnerait pas à être trouvé, tranquillement, par ceux qui en ont envie ?
On nous vend beaucoup de stratégies. Beaucoup de solutions rapides. Mais je crois que la question de fond est plus simple : est-ce que ce qu’on fait sur les réseaux est cohérent avec ce qu’on défend sur scène ?
Si le théâtre est un art de rencontre, de lenteur, de profondeur… peut-être que notre présence en ligne devrait l’être aussi.
Je n’ai pas toutes les réponses. Mais je sens que la solution ne passe pas forcément par être partout, tout le temps.
Peut-être qu’elle passe par être là, simplement, clairement… et accepter que le silence ne veut pas dire l’absence.



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