top of page

Lettre d’un vieux comédien aux jeunes comédien·ne·s d’aujourd’hui


Je me présente : Stéphane Bélanger.


C’est moi, le vieux barbu un peu louche que vous pouvez croiser à l’occasion dans les salles, celui qui croit encore qu’il est un artiste après toutes ces années.


Ça fait un peu plus de trente ans que je fais du théâtre. J’ai participé à plus d’une centaine de projets. J’ai écrit. J’ai joué. J’ai mis en scène. J’ai construit des décors, fait de la technique, attendu dans des salles vides et joué devant des salles pleines. J’ai toujours voulu créer des entités autonomes, indépendantes, capables d’exister sans demander la permission à personne.


Je vous écris aujourd’hui parce que je crois que le théâtre de demain ne se fera pas grâce aux lieux où l’on peine à jouer aujourd’hui.


Il se fera grâce à vous. Et grâce au public que vous aurez construit.


Créez.


Créez, peu importe où.

Dans une salle communautaire, une école, un sous-sol, une ruelle, un salon, un gymnase, en ligne s’il le faut. Le lieu ne fera pas votre théâtre. Il ne l’a jamais fait. Le théâtre naît quand quelqu’un parle et que quelqu’un écoute. Tout le reste est accessoire.


Il y a trente ans, à mes débuts, les salles étaient pleines. Il y avait de l’engouement. On sentait une curiosité réelle. On croyait que le milieu pouvait se structurer, se solidifier, devenir durable. Avec mes collègues de l’époque, on a essayé de créer un milieu pour le théâtre ici, dans ma ville. On croyait que c’était possible. J’y croyais profondément.


Aujourd’hui, force est d’admettre une chose sans détour : malgré notre travail et notre passion, les choses se sont détériorées.


Pas par manque de travail. Pas par manque d’amour.


Mais parce que les conditions se sont resserrées, parce que l’accès s’est réduit, parce que le cadre s’est refermé sur lui-même. Et malgré tous nos efforts, le théâtre demeure fragile, dépendant, vulnérable à des décisions qui lui échappent.


Alors ce sera à vous de prendre la relève.


Pas pour réparer ce que nous avons manqué.

Mais pour inventer autre chose.


Trouvez vos lieux. Même s’ils sont imparfaits.

Trouvez votre public. Même s’il est petit au départ.


Soyez autonomes. Pas contre les institutions, mais en dehors d’elles quand il le faut.


Ne basez pas votre pratique sur la reconnaissance d’une salle, d’un programme ou d’un cadre officiel. Basez-la sur une relation. Avec un public réel. Fidèle. Curieux. Présent. Ce public-là, personne ne vous le donnera. Vous allez le construire, spectacle après spectacle, rencontre après rencontre.


Retroussez vos manches. Il y a encore énormément de travail à faire.


Ne perdez pas votre temps à attendre que les conditions idéales apparaissent. Elles n’ont jamais existé. Et elles n’existeront probablement pas demain non plus. Mais le théâtre n’a jamais attendu que tout soit en place pour surgir.


Créez.

Jouez.

Rassemblez.

Déplacez-vous.


Osez être légers, bruts, imparfaits.

Le théâtre de demain ne sera pas institutionnel ou marginal.


Il sera vivant.


Et s’il survit, ce sera parce que vous aurez choisi de le faire exister, peu importe le lieu.


Stéphane Bélanger

Fondateur du Théâtre du Mauvais Garçon

Un vieux qui croit encore qu’il est un artisteet qui espère, sincèrement, que vous le resterez aussi.

Commentaires


Pour nous joindre

Vous avez une idée, une proposition, un commentaire, 
une critique, une éventuelle collaboration, un projet,
n'hésitez pas à communiquer avec nous.


theatre.mauvais.garcon@gmail.com
 

VIA NOTRE PAGE FACEBOOK

© 2020 Le Théâtre du Mauvais Garçon 

bottom of page