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Protéger la culture d'ici... (Partie 2)


Le temps de quitter...


À force de vouloir rester, on finit par oublier ce qu’on est en train de perdre.


Je m’adresse ici aux responsables des troupes locales, sans détour:


"Tient-on vraiment autant à rester dans les salles gérées par la Ville, même quand ces lieux ne nous ressemblent plus et ne semblent plus vouloir de ce que nous faisons ?"


Parce que ce qui se joue en ce moment n’est pas une simple réorganisation logistique. C’est un resserrement des conditions de pratique qui menace directement l’un des derniers accès à une culture encore réellement accessible.


Pour beaucoup de gens, les productions des troupes amateures ne sont pas une alternative mineure au théâtre professionnel. Elles sont leur théâtre. Certaines personnes verront trois productions d’une troupe dans une saison plutôt qu’un seul spectacle professionnel. Par choix. Par moyens. Par fidélité. Par proximité aussi.


Quand on alourdit les règles, quand on multiplie les contraintes, ce sont ces personnes-là qu’on écarte doucement. On fait monter les coûts, on réduit les marges, on assèche les choix artistiques. Et à un certain point, l’accessibilité devient un slogan vide.


On continue pourtant de viser les mêmes salles, comme si le théâtre ne pouvait exister qu’entre des murs officiels, comme si la légitimité passait par une adresse et non par un geste. On s’accroche à des lieux pendant que le terrain se dérobe sous nos pieds.


Mais les troupes amateures ne sont pas là pour faire briller une salle. Elles sont là pour faire exister le théâtre.


Elles sont aussi, qu’on le veuille ou non, une école essentielle. Pas une école subventionnée, pas un programme. Une école vivante. C’est là que plusieurs ont découvert la scène, le texte, la discipline, le plaisir de jouer. Pour certains, ça a mené à une carrière professionnelle. Pour d’autres, à une passion durable qui se traduira par une fréquentation réelle du théâtre, amateur comme professionnel.


C’est cette circulation-là qui compte. C’est ça qui doit être protégé.

Pas la renommée d’une salle. Pas le confort d’un cadre qui se referme. Pas l’illusion qu’on existe parce qu’on joue au “bon endroit”.


Si une salle n’a plus la souplesse d’accueillir ce que sont réellement les troupes, alors peut-être que ce n’est pas aux troupes de se plier jusqu’à disparaître. Peut-être que le vrai travail, aujourd’hui, est ailleurs : préserver l’accessibilité, préserver la proximité, préserver la possibilité de créer sans se mettre en danger à chaque production.


Quitter une salle, ce n’est pas capituler. C’est parfois la seule décision lucide.

Parce qu’au bout du compte, ce qui doit survivre, ce n’est pas un lieu. C’est ce que les troupes rendent encore possible, et que certains cadres semblent prêts à sacrifier.


Stéphane Bélanger

Théâtre du Mauvais Garçon


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