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Protéger la culture d'ici...

Dernière mise à jour : 24 janv.


L’article du Le Nouvelliste sur le Théâtre des Nouveaux Compagnons et le Théâtre des Gens de la Place n’est pas un cri d’alarme. C’est un constat d’étranglement. Lent, méthodique, administratif.


On parle ici de troupes centenaires, portées par des bénévoles, par des gens qui donnent leur temps, leur argent, leur santé mentale parfois. Et malgré tout ça, on les regarde droit dans les yeux et on leur dit, essentiellement : « Respectez les normes… ou disparaissez proprement. »


Parce que le nerf du problème est là : les normes. Et surtout, la façon dont elles sont imposées au nom d’une prétendue équité. L’argument de l’équité est devenu une arme rhétorique redoutable. On l’invoque pour clore la discussion. Pour éviter de penser. Pour éviter de distinguer. Appliquer les mêmes règles à tout le monde, peu importe la réalité, ce n’est pas de l’équité. C’est de la paresse institutionnelle.


Culture Trois-Rivières porte deux chapeaux. Celui de diffuseur. Et celui de développeur culturel. Or, actuellement, c’est le chapeau du diffuseur qui écrase tout le reste. Les normes appliquées aux troupes amateures sont celles de la diffusion professionnelle, point final. Même personnel imposé. Même logique de surveillance. Même rigidité.

La différence est pourtant fondamentale. Quand un diffuseur achète un spectacle professionnel, le cadre est fixé d’avance. Les coûts sont intégrés. Les règles ne changent pas en cours de route. Le risque est assumé par l’institution.


Les troupes amateures, elles, sont locataires. Elles bricolent avec des budgets fragiles, une fréquentation incertaine, du bénévolat, des élans de passion. Et on leur impose, parfois à la dernière minute, des exigences qui font exploser le budget. Résultat ? On annule une représentation. Une première en 106 ans (pour les Nouveaux Compagnons). Voilà ce que donne l’« équité ».


Lors de ma dernière collaboration avec des troupes amateures de la région, on m’a demandé, très sérieusement, de surveiller les heures du personnel imposé par la salle, pour éviter les surfacturations. Pas pour améliorer le spectacle. Pas pour protéger le public. Pour surveiller une facture. Si ce n’est pas un signal de dérive, je ne sais pas ce que c’est.


Et puis il y a cette phrase, presque insultante tant elle est déconnectée (Ici je paraphrase ): « On ne changera pas les conditions, mais on va vous aider à mieux vous organiser. » Sérieusement ? Des gens qui tiennent des troupes depuis 30, 40 ans auraient soudainement besoin d’un atelier de planification pour comprendre ce qui leur arrive ? Le problème n’est pas dans l’organisation. Il est dans les conditions de pratique. Point.


Ce discours est non seulement condescendant, il est dangereux. Il déplace la responsabilité. Il fait croire que si les troupes échouent, c’est parce qu’elles n’ont pas su s’adapter. Pas parce qu’on leur a imposé un cadre intenable.


Cette situation ne fait que confirmer ce que je dis depuis plus de vingt ans : il faut quitter ces salles. Les quitter lucidement. Les quitter stratégiquement. Oui, c’est moins prestigieux. Oui, le public ne suit pas toujours. Mais au moins, la survie n’est pas négociée à coups de normes importées du monde professionnel.


Créer ailleurs. Dans des écoles. Des salles communautaires. Des lieux imparfaits. Des lieux où l’on peut encore respirer. Ce n’est pas un recul. C’est un acte de résistance.


Je suis heureux que les troupes parlent enfin. Parce que ce qui se passe ici dépasse largement deux organismes. C’est un modèle entier qui est en train d’écraser ceux qu’il prétend soutenir. Et tant qu’on continuera à confondre développement culturel et gestion de salle, on pourra bien multiplier les formations, les comités et les beaux discours : la vitalité culturelle, elle, continuera de se faire saigner à blanc.


Le Mauvais Garçon n’a jamais aimé l'hypocrisie. Encore moins quand elle se déguise en équité.


De tout coeur et avec tout mon soutient pour les amateurs qui soutiennent les organismes culturels d'ici...


Stéphane Bélanger

Fondateur du Théâtre du Mauvais Garçon


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