À quoi ça sert, le théâtre ?
- Le Théâtre du Mauvais Garçon
- 5 avr.
- 3 min de lecture

Réflexion personnelle d'un gars un peu fatigué...
Je pose la question sans détour.Pas pour provoquer.
Pas pour faire joli.
Parce que je ne suis plus certain de la réponse.
Parce que je suis rendu là…
On entend souvent que le théâtre est nécessaire.
Que l’art en général est nécessaire.
Mais si on prend le mot au sérieux… si on s’attarde un peu à la définition…
Les gens ont besoin de manger.
D’avoir un toit.
De se sentir en sécurité.
Ça, c’est nécessaire.
C’est vérifiable.
C’est concret.
Le théâtre, lui, ne l’est pas. On peut vivre sans.
Et la majorité des gens le fait très bien.
Alors pourquoi continuer ?
À quoi ça sert ?
Pendant longtemps, j’ai accepté les réponses toutes faites.
Le théâtre élève l’âme.
Le théâtre fait réfléchir.
Le théâtre transforme.
Oui.
Parfois.
Mais pas toujours.
Et surtout, pas uniquement.
On peut être bouleversé par une chanson de trois minutes.
Captivé par une série, par un livre…
Touché par une conversation.
Le théâtre n’a pas l’exclusivité dans ces domaines.
Donc dire qu’il est nécessaire…c’est peut-être déjà s’éloigner de la réalité.
C’est de l’exagération…
Alors j’ai essayé autre chose.
Exploré une autre direction...
Le théâtre est… « utile ».
C’est plus juste. Plus honnête.
Mais ça ne règle pas tout.
Parce que des choses utiles, il y en a partout.
Se reposer est utile.
Voir des amis est utile.
Regarder un film est utile.
Et dans cette liste… le théâtre n’arrive pas forcément en première position.
Il demande du temps.
De l’attention.
Un déplacement.
Il est plus exigeant que bien d’autres formes.
Alors pourquoi lui ?
Pourquoi le choisir ?
Il y a toujours cette idée, un peu fragile, mais qui persiste.
Le théâtre sert à « Créer du beau ». Mais là encore…
Le beau est partout.
Dans une image, une musique, un paysage.
Le théâtre n’a pas le monopole du beau.
Et parfois, il n’en produit même pas.
Alors pour créer un « bon moment », peut-être?
Pour plusieurs c’est suffisant.
Oui. Mais encore une fois, il y en a mille autres.
Alors si le théâtre ne sert qu’à ça…il devient interchangeable.
Et là, il perd. Il se noie dans toutes les possibilités…
Ce qui reste alors, après avoir enlevé tout ça, c’est autre chose.Moins spectaculaire. Plus difficile à nommer.
« Créer un moment, une présence »
Un moment où, pendant un instant,on est là.
Ensemble.
Dans le même espace.
Dans le même temps.
Ça peut paraître simple.
Mais ça ne l’est pas tant que ça.
On vit dans un monde où tout est accessible, rapide, fragmenté.
Un monde où l’attention dépasse rarement les 3 minutes.
On consomme des images seul, souvent distrait, souvent ailleurs.
Le théâtre impose autre chose.
Une attention.
Une durée.
Une présence.
Et ça… ce n’est pas si courant.
Ça ne l’est plus…
Est-ce que c’est nécessaire ?
Non.
Je ne peux pas l’affirmer honnêtement.
Même si, au plus profond de moi, je crois que oui.
Mais est-ce que c’est utile ?
Peut-être… sûrement…
Utile pour créer des moments de suspension.
Des moments où le temps s’arrête un peu.
Où quelque chose se passe… ou ne se passe pas, justement.
Des moments fragiles.
Qui ne peuvent pas être vécus exactement de la même manière.
Des moments, ensemble, tout simplement…
Mais il y a autre chose.
Ces fameux moments ne sont pas garantis.
On peut passer une soirée au théâtre… et ne rien ressentir.
Comme on peut, parfois, assister à quelque chose où le temps s’arrête.
Peu importe que ce soit Hamlet pour la millième foisou une petite création inconnue dans une salle à moitié vide.
Ce n’est pas la catégorie qui fait la différence.
C’est ce qui se passe, là, ce soir-là, qui compte.
Alors la question revient.
À quoi ça sert ?
Je n’ai pas de réponse définitive.
Et je pense que ceux qui en ont une… simplifient.
Mais je peux dire ceci, aujourd’hui :
Le théâtre n’est pas nécessaire.
Et c’est peut-être correct comme ça.
Il n’est pas là pour nous faire vivre.
Il est là pour accompagner le fait de vivre.
Il est là pour...
Pour, de temps en temps, créer un espace où quelque chose apparaît entre des gens.
Pas toujours.
Pas partout.
Pas pour tout le monde.
Mais parfois.
Et peut-être que c’est ça, le plus difficile à accepter.
On y met énormément d’énergie.
Pour un résultat incertain.
Éphémère.
Fragile.
Mais quand ça arrive…
Même pour un court moment, c’est important…
Je ne sais pas si ça suffit.
Mais pour l’instant,
Ça m’empêche d’arrêter.


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