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15- 18 décembre, La nuit



Je ne dors pas.

Je repense encore à cette femme. Je n’en ai pas envie. Elle ne le mérite pas.


Sur scène, je sais quoi faire d’une phrase blessante. Je la prends. Je la transforme. Je la retourne contre le texte. Je la fais servir. Elle devient moteur. Elle devient matière.

Dans la vie,

elle reste là. 

Brute. Inutile.


Sa voix me revient sans cesse. La phrase, surtout. Elle n’a pas de fonction. Elle ne mène nulle part. Elle ne provoque rien de constructif. Elle occupe seulement de l’espace.


Je suis habitué à travailler avec les émotions. Depuis trente ans, je les range. Je les dose. Je les déclenche au bon moment. Pleurer ici. Pas là. La colère maintenant. Plus fort. Encore. Puis arrêter.


Sur scène, il y a des règles. Des repères. Des consignes.


Dans la vie, il n’y a rien.

Pas de texte. Pas de didascalies. Pas de metteur en scène pour dire quand c’est trop ou quand c’est suffisant.


Je me surprends à chercher une place pour cette blessure. Un endroit où la déposer. Une façon de la rendre utile. Elle ne rentre nulle part.


Je n’arrive pas à l’évacuer. Je n’arrive pas à la jouer. Je n’arrive même pas à l’ignorer.


Et pourtant, je pense encore à elle. À sa phrase. À son regard. Comme si elle avait laissé quelque chose de mal placé en moi.


Sur scène, rien ne m’arrête. Je me bats à armes égales. Je prends toute la place. Je force le cadre s’il le faut. Je transforme le regard des autres en énergie.


Ici, maintenant, je suis seul. Sans cadre. Sans protection.


Je reste éveillé avec cette émotion qui n’a pas d’emploi, pas de scène, pas de sortie prévue.

Et c’est peut-être ça, le plus difficile.

 

Ne pas savoir quoi en faire.




 
 
 

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