4- 31 octobre — Halloween
- Le Théâtre du Mauvais Garçon
- 6 mars
- 2 min de lecture

J’ai toujours détesté l’Halloween.
Me costumer m’a toujours donné l’impression de travailler gratis.
Mettre un costume. Endosser un personnage. Sourire. Jouer le jeu. Sans répétition, sans enjeu, sans nécessité. Comme si, pour une soirée, tout le monde devenait acteur par obligation sociale.
Ce soir-là, les rues sont pleines de personnages mal définis. Des intentions floues. Des voix forcées. Des gestes trop grands pour ce qu’ils veulent dire. On appelle ça s’amuser, mais j’ai toujours eu l’impression d’assister à une immense représentation mal dirigée. Le soir où tout le monde joue… et où personne n’écoute.
Je regarde les costumes et je ne vois pas des monstres ou des héros. Je vois des gens qui se donnent une permission étrange : celle d’être quelqu’un d’autre sans en mesurer le poids. Un personnage qu’on enfile et qu’on enlève avant minuit. Sans traces. Sans conséquences.
Ça m’a toujours fatigué.
Peut-être parce que, pour moi, un costume n’a jamais été léger. Peut-être parce que j’ai appris trop tôt qu’un personnage finit toujours par laisser quelque chose derrière lui.
Ce soir, pourtant, quelque chose est différent. Pour la première fois depuis longtemps, ne pas me costumer me réjouit.
Je n’ai rien à enfiler. Rien à jouer. Rien à justifier.Je ne suis pas déguisé. Je ne suis pas attendu. Je ne suis pas en représentation.
Alors que tout le monde sort pour devenir quelqu’un d’autre, je reste ici, exactement comme je suis. Et ça me fait un bien étrange. Presque suspect.
Il y a quelque chose de reposant à être en marge de cette grande mascarade. À regarder passer les personnages sans avoir à entrer dans la scène. À ne pas répondre aux regards. À ne pas ajuster la voix.
À ne pas faire semblant.
Ce soir, le théâtre est partout. Et pour une fois, je n’y suis pas.
Je réalise que ce que je déteste dans l’Halloween, ce n’est pas le jeu. C’est le jeu sans écoute. Le personnage sans nécessité. Le masque sans vertige. Une représentation qui ne risque rien.
Ce soir, je savoure une chose simple :ne pas être un rôle. Ne pas être une image. Ne pas être une version temporaire de moi-même.
Je ne sais pas si c’est un progrès ou un renoncement. Je sais seulement que, pendant que les autres se déguisent pour exister autrement, moi, je reste là. Sans costume. Sans texte. Sans applaudissements.
Et pour la première fois un 31 octobre,ça me suffit.
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