Paradoxe sur le comédien – Denis Diderot...
- Le Théâtre du Mauvais Garçon
- 18 janv.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 janv.

Jouer sans y croire… vraiment ?
Pourquoi passer par Diderot
Après Aristote et l’action, il fallait un déplacement. Diderot ne parle plus de structure dramatique, mais de celui qui joue. Et il commence par une idée profondément dérangeante surtout encore aujourd’hui : le bon acteur ne ressent pas ce qu’il joue.
Ou plutôt : s’il ressent, il joue moins bien.
Le contexte : penser le théâtre à l’époque des Lumières
Le Paradoxe sur le comédien est écrit au XVIIIᵉ siècle, dans un moment où le théâtre se transforme. Le jeu devient plus réaliste, plus sensible, plus proche de la vie.
Diderot, philosophe, critique, écrivain, observe cette évolution avec méfiance. Il se méfie des débordements, de l’expressivité incontrôlée, de l’émotion brute.
Il écrit ce texte à contre-courant d’une idée déjà très séduisante :celle de l’acteur inspiré, traversé, « vrai ».
Ce que dit vraiment le Paradoxe
Le cœur du texte tient dans une contradiction volontaire :
Le grand acteur est froid.
Froid, non pas au sens d’insensible,mais au sens de lucide.
Pour Diderot :
l’acteur doit observer les passions, non les subir,
il doit répéter, fixer, maîtriser,
l’émotion n’est pas la source du jeu, mais son résultat.
Le paradoxe est là :ce n’est pas parce que l’acteur ressent qu’il touche,c’est parce qu’il compose qu’il émeut.
Ce que ce texte a provoqué
Le Paradoxe n’a pas été publié du vivant de Diderot.Mais son influence sera durable.
Il installe une ligne de fracture qui traverse encore toutes les écoles de jeu :
spontanéité ou maîtrise ?
émotion vécue ou émotion produite ?
vérité intérieure ou précision extérieure ?
Diderot devient le premier à poser clairement l’acteur comme un technicien du sensible.
Là où Diderot dérange encore
Ce texte reste inconfortable parce qu’il s’attaque à un mythe tenace : celui de la sincérité comme valeur suprême. Dans un monde qui valorise l’authenticité,Diderot rappelle que le théâtre est un artifice.
Mais il pousse peut-être trop loin la séparation. À force de maîtriser, l’acteur risque :
la rigidité,
la démonstration,
la perte du risque vivant.
Le Paradoxe éclaire… mais il assèche aussi.
Lire Diderot aujourd’hui
Lire Diderot aujourd’hui,ce n’est pas choisir son camp.
C’est accepter que le jeu de l’acteur soit un champ de tension :entre contrôle et abandon,entre calcul et présence,entre répétition et instant. Diderot ne donne pas une méthode. Il installe une question.
Et cette question prépare directement la suivante :comment chercher une vérité du jeu sans tomber ni dans la froideur, ni dans l’illusion de la spontanéité ?
Vers la suite
C’est exactement là qu’intervient Stanislavski. Non pour résoudre le paradoxe,mais pour tenter de le déplacer de l’intérieur.
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